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L’architecture islamique et ses spécificités dans les programmes d’enseignement : Partie II
Par Dr. Afif Bahnasi
mardi 8 avril 2008, par Rédaction Journal3

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Introduction  : L’architecture islamique n’est pas enseignée en tant que matière à proprement parler dans les universités internationales, et encore moins dans les universités des pays islamiques. Ceci tient au fait que les thèmes de l’architecture islamique ne sont pas clairement définis dans le cursus universitaire de l’architecture.

D/2- Les inscriptions ornementales demeurent une illustration exceptionnelle. De fait, Dieu a honoré la plume et l’écriture : "Par le calame et par ce qu’ils écrivent" (Al-Kalam,1). La bonne calligraphie était une sorte d’hommage rendu aux Ecritures Coraniques présentes dans toutes les mosquées et toutes les demeures.

D/3- La Chariaa islamique a instauré les règles qui assurent les propriétaires de maisons de leurs droits. C’est les règles du voisinage. Les toutes premières dispositions variaient d’un cas à l’autre. "Aucun ne portera le fardeau de l’autre" (Al-Anaam, 164). En somme, la majorité des règles générales visaient à assurer les architectes, les locataires et les voisins de leurs droits. Parmi ces règles, citons : point de préjudice ni contre soi ni contre autrui ; le mal doit être écarté ; on ne fera pas dire à une personne ce qu’elle n’a pas dit ; le droit est imprescriptible.

Ainsi l’architecture et l’art islamique portent l’empreinte d’une civilisation définie par le Saint Coran et dictée par les valeurs immuables de l’Islam.

E- La recherche d’une esthétique islamique

E/1- La pensée islamique a défini les bases des arts islamiques. De prime abord, il a fallu créer une pensée artistique islamique ou une "esthétique islamique" dont les jalons furent jetés par les grands penseurs musulmans.

Les écrits de Farabi, Asfahani, Al-Jahiz et Tawhidi sont une riche référence sur une esthétique dont les racines ont été longtemps ancrées dans la pensée islamique.

Notre choix s’est porté sur Abou Hayane Tawhidi, étant donné qu’il compte parmi les figures de proue de la critique de la littérature arabe(24).

Cette critique se base sur les critères de la conception artistique. Abou Hayane a présenté le concept de la créativité et en a défini les normes. Ses écrits littéraires représentent un grand modèle de ce que doit être la création artistique. Si on adopte les normes qu’il s’était fixées dans l’analyse de sa littérature et celles de ses contemporains, nous nous rendons compte que le mécanisme de créativité ne diffère guère du concept “d’appréciation’’ et qu’une œuvre n’est parfaite que lorsqu’elle s’appuie sur la théorie de la créativité artistique, suivant la notion de l’art spécifique à chaque civilisation.

E/2- La civilisation islamique a connu son point culminant grâce à sa force et à l’harmonie existant entre ses différents aspects. L’unité de cette civilisation n’était pas superficielle mais bien profonde grâce à la religion, aux valeurs et à l’histoire.

Il est déplorable que nous n’ayons pu recourir à ces racines et aux recherches faites sur le patrimoine suivant une étude académique objective. Nous nous devons d’élaborer des études sur le patrimoine suivant une approche moderne pour en faire une culture adaptée au présent et à l’avenir.

Chercher ses racines est en soi une quête de l’identité culturelle, entreprise qui ne relève ni du racisme ni du chauvinisme, à moins que notre conception nationale “ne soit pas civilisationnelle”. La nationalité est un lien civilisationnel et, partant, nous pouvons avancer que l’appartenance à une nation est une appartenance à une civilisation.

Nous avons tenté de jeter la lumière sur les caractéristiques de la pensée artistique à travers un penseur arabe qui représentait la philosophie de l’art, à l’instar des penseurs qui ont abordé le thème de l’esthétique en recourant à la métaphysique. Nous avons voulu donner quelques exemples de ses créations, en l’occurrence des textes littéraires porteurs d’une valeur artistique et ayant fait l’objet d’études en tant que textes d’une extrême beauté et exprimant des idées et points de vue divers. A travers cette approche utilisée dans l’étude des textes d’Abou Hayane, l’on relève que la notion de l’esthétique a été négligée, attitude qui fut le lot de certains penseurs et philosophes arabes et musulmans qui ont exprimé leur point de vue sur la création, le génie et les techniques artistiques.

Il est indéniable que les œuvres de Tawhidi représentent l’illustration parfaite de la pensée esthétique qui est présente dans le patrimoine arabo-islamique. Il s’agit d’une philosophie complète qui a su englober toute une panoplie d’arts islamiques (poésie, musique et calligraphie).

L’esthétique telle qu’elle a été présentée dans la civilisation occidentale était bien abordée par Abou Hayane et d’autres penseurs, même si l’approche était différente. La philosophie de l’art chez Abou Hayane s’approchait dans une large mesure de l’esthétique occidentale dans ses différents aspects(25).

Chapitre V : Les arts islamiques comme expression des valeurs de l’histoire et de la civilisation islamiques

A- Les arts islamiques revêtent-ils une connotation religieuse ?

A/1- L’art islamique, qu’il soit architectural ou figuratif, ne s’est jamais fondé sur des bases religieuses, en ce sens qu’il n’a jamais été un outil "concret" utilisé dans l’éducation religieuse. Il exprimait, au contraire, une action spontanée. Les artistes représentaient les événements religieux cités dans le Saint Coran, des hagiographies ou dans des livres d’histoire, pour obéir au pouvoir ou satisfaire leur propre besoin. L’objectif n’était donc nullement religieux. Les dessins n’avaient pas pour objectifs d’honorer ou de magnifier une personne, comme ce fut le cas dans l’art chrétien. Cette sacralisation de l’expression artistique a atteint son point culminant avec les Byzantins qui en sont venus à adorer les icônes. Ce culte ne cessera qu’avec les guerres iconoclastes qui eurent lieu à Constantinople. Déjà avant le christianisme, les anciennes civilisations notamment égyptienne, mésopotamienne, grecque et romaine utilisaient des images et des icônes pour exprimer la foi.

A/2- Cependant, l’abondance d’images dans les arts islamiques, dont certaines figurent encore sur les murs des palais ou dans des manuscrits sous forme de miniatures, soulève la question suivante : "Jusqu’à quel point les arts ont-ils servi les valeurs, l’histoire et la civilisation musulmane, même si l’islam s’est basé, dans ses tous débuts, sur l’incitation à l’austérité dans les habits et dans les arts, notamment l’architecture ? L’aspect civilisationnel véhiculé par ces œuvres créatives nous induit à reconnaître que les arts islamiques ont constitué un moyen efficace pour la promotion de la culture tant spirituelle que sociale et historique. A l’échelle planétaire, ces arts ont servi à faire connaître la mission civilisationnelle qui incombe à la religion, accomplie grâce à une approche basée sur le syncrétisme des cultures et le brassage des peuples ayant adhéré à l’Islam.

B- L’architecture au service des valeurs humaines

B/1- L’architecture islamique était le moyen idoine pour exprimer les valeurs islamiques. La Kaabah (la Mecque) était le premier élément architectural ayant servi la pensée monothéiste "En vérité, le premier temple qui ait été fondé à l’intention des Hommes est bien celui de la Mecque, qui est à la fois une bénédiction et une bonne direction pour l’Univers" (Al- Imrane, 96).

Cette simple bâtisse était le lieu d’affluence des tribus arabes durant la période anté-islamique depuis Abraham, “Et quand Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison “ (Al-Baqara, 127), devient désormais une direction pour les musulmans des quatre coins du monde pour accomplir le pèlerinage ou la omra, et la "Kibla" pour faire la prière sur ordre divin. "Les insensés parmi les Hommes ne tarderont pas à dire : "Qui les a donc détournés de la direction vers laquelle ils s’orientaient pour la prière ? "Dis leur : Orient et Occident appartiennent également à Dieu qui dirige qui Il veut vers le droit chemin" (Al-Baqara, 142).

B/2- La Kaabah n’était qu’un édifice rectangulaire simple qui symbolise les quatre coins. Le premier contient la première pierre posée par Ismail, fils d’Abraham, ancêtre des Arabes. Cette ancienne construction de la Mecque a pu accomplir une noble mission en réunissant plus de 2 millions de musulmans en période de pèlerinage, témoignant ainsi de la place de choix qu’occupe cet édifice dans les cœurs des musulmans et le rôle qu’il joue au service des valeurs humaines. "Rappelles-toi que lorsque Nous avons installé Abraham sur l’emplacement du temple, Nous lui dîmes : "Ne Me donne aucun associé ! Veille à conserver Mon temple en état de pureté pour ceux qui viennent y accomplir les tours rituels ou y faire leur dévotions, debout, agenouillés ou prosternés" (Al-Hadj, 26).

B/3- Après avoir fait l’objet d’élargissement et d’aménagement, ce sanctuaire sacré qui réunit plusieurs millions de croyants venus des quatre coins du monde pour invoquer le Tout Puissant, est devenu un monument architectural, honoré par Dieu et révéré par les musulmans à travers les âges, et symbole de l’unité musulmane, "Puisqu’ils se délient de leurs interdits, accomplissent leurs vœux et effectuent autour du temple antique les circuits rituels" (Al-Hadj, 29). "Libre à vous d’en tirer profit jusqu’au terme fixé puis leur immolation aura lieu auprès du temple antique", (même sourate, 33).

B/4- La première mosquée de Médine qui a été fondée par le prophète et ses premiers compagnons, a constitué le premier lieu pour l’appel à l’Islam (la Daawa islamique). Elle représentait, outre un lieu de prière, une tribune pour le prophète qui lui permettait d’organiser la prédication et la gouvernance. L’architecture de la mosquée faisait montre de la foi en Dieu. "Seuls ont droit de fréquenter les mosquées de Dieu ceux qui croient en Dieu et au jugement dernier" (Attawba, 18). C’est donc un témoignage de foi "Ne fréquente jamais une telle mosquée ! Car il en est une autre qui a été fondée dès le premier jour, sur la crainte révérencielle du Seigneur et qui est plus digne de ta présence. On y trouve des Hommes qui aiment se purifier, et Dieu aime ceux qui sont propres." (Même sourate, 108).

B/5- Les mosquées étaient "les maisons de Dieu", lieux de prière et de pratique des devoirs religieux. "Dans des temples que Dieu a permis d’élever afin que son Nom y soit invoqué et où le glorifient matin et soir des Hommes qu’aucun négoce ou transaction ne détourne de la joie d’exalter le Seigneur, de le prier ou de faire l’aumône, car ces Hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante". (Annour, 36-37).

B/6- La mosquée n’était pas uniquement un lieu de prière mais également un lieu de savoir et d’exercice de la justice et de la politique, où l’Imam peut exprimer, au nom des musulmans, ses sentiments de loyalisme au calife ou dénoncer certaines déviances politiques ou administratives. La mosquée était également un lieu qui renforçait les liens entres les musulmans, unifiait leurs rangs et contribuait à l’établissement de la paix et de la solidarité.

B/7- Eu égard à l’importance des fonctions spirituelles et séculaires que remplit la mosquée, il a fallu accorder plus d’intérêt à l’aspect architectural de ce lieu sacré. Cet intérêt s’est manifesté dans les minarets qui dominaient les villes et référaient au pouvoir de la religion et de Dieu. Le minaret, une tour marquée par sa hauteur, incarnait l’aspiration du croyant à être plus proche du Très-Haut. Elle symbolise aussi le rayonnement de l’islam par la portée de sa perspective, alors que le croissant et les globes surmontant la tour, représentent l’univers.

B/8- Quant aux dômes (Koubba), elles référaient au ciel qui protégeait les croyants. Les architectes musulmans ont excellé dans ce domaine en exprimant la fonctionnalité de la tour à travers les diverses formes qu’ils lui ont imprimées, tantôt arrondies, tantôt elliptiques. Les petites fenêtres qui se touvaient en bas des dômes rehaussaient le caractère sacré de la mosquée. Le Mirhab, quant à lui, représentait la kibla (indiquant la direction de la Mecque) qui permettait aux musulmans des différents coins du monde de faire leurs prières et d’invoquer Dieu.

L’architecte et le décorateur accordaient un intérêt particulier à la construction des minarets et des "mihrab", en hommage aux croyants et à la mission religieuse remplie par ces ouvrages d’architecture.

C- La ville au service des valeurs islamiques

C/1- L’architecture a servi énormément la société islamique et rempli une mission aussi bien spirituelle que matérielle. Les objectifs religieux s’étaient manifestés à travers l’édification de la mosquée "Al Jamii" au centre de la ville, et d’autres établissements qui servaient la culture religieuse, tels les écoles coraniques et "Dar Al Hadith". Ces monuments rassemblaient, quotidiennement et même les jours des fêtes, l’ensemble des musulmans, d’où le souci des architectes de faire de ces établissements un point de convergence qui réunit les différents habitants de la ville. Routes et chaussées conduisent vers ce centre, lesquelles sont entrecoupées par des chemins pour former un réseau annulaire entourant le centre.

C/2- Sur le plan civique, les cabinets de justice, les hôpitaux, les écoles, les souks étaient également fondés au centre de la ville. Il y avait aussi des établissements de cure, comme les sanatoriums et les écoles attenantes. A cela s’ajoutent les souks qui s’ouvraient sur les librairies, les épiciers herboristes et parfumeurs, les vendeurs de tissus, de vêtements et produits alimentaires. La tour, aménagée non loin des remparts, est entourée des marchés de chevaux, de fourrage et de peaux. Les ruelles qui sillonnaient la cité permettaient aux habitants d’emprunter des directions différentes vers la mosquée, le souk ou leur lieu de travail. "Dis leur : Agissez, Dieu verra vos actions, ainsi que Son prophète et les croyants”(Attawba, 105) ; mais dans le cadre des limites qu’impose l’obligation religieuse : “Des Hommes qu’aucun négoce ou transaction ne détourne de la joie d’exalter le Seigneur, de le prier, ou de faire l’aumône, car ces Hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante". (Sourat Annour, 37), "Dans l’espoir que Dieu les récompensera pour le meilleur de ce qu’ils auront accompli et leur accordera un surcroît de Sa grâce, car Dieu dispense Ses bienfaits à qui Il veut sans compter" (Même sourate 38).

C/3- L’urbanisation, par ailleurs, s’est basée sur les principes de paix et de sécurité, en ce sens que les portes et les murailles des cités étaient grandes et solides. De même, les architectes musulmans étaient soucieux de répartir les quartiers dans le respect de toutes les ethnies en vue d’instaurer une société unifiée et solidaire. “Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez, et ce, dans le but de réaliser une unité sociale cohérente et solidaire, qu’aucune discorde ou sensibilité ne peut rompre."

D- Le foyer, creuset des valeurs islamiques

D/1- Le foyer est un havre de paix pour son propriétaire qui le mérite en récompense de ses actions spirituelles et des efforts déployés tout au long de la journée. "Dieu a fait de vos maisons un lieu de repos, et des habitations faites des peaux de vos bêtes, Il vous procure aussi des demeures dont vous appréciez la légèreté lors de vos déplacements et lors de vos campements. (Sourate Annahl, 80). La maison est destinée à assurer la tranquilité et la sérénité à ses habitants, tandis qu’ils sont en communion constante avec le ciel qui domine l’ensemble de la maison par le biais du patio ouvert au ciel, au soleil et à l’air pur.

D/2- Le musulman a été éduqué suivant des valeurs dictées par l’Islam et consacrées par la tradition, parmi lesquelles le respect des droits de l’autre à la paix, la protection de la communauté et de son éthique et l’instauration des rapports du bon voisinage. Dans cette optique, les architectes musulmans veillaient à ce que les murs, les étages et les portes soient élevés pour préserver la discrétion des habitants, les voies séparant les maisons soient élargies, mais sans pour autant négliger les aspects à même de renforcer les liens sociaux. L’architecte a fixé des conditions pour les dimensions des réservations afférentes aux portes et aux fenêtres extérieures et a exploité tous les espaces intérieurs afin d’assurer la quiétude des habitants, la dissimulation des femmes aux yeux indiscrets, la sécurité, le confort et le culte. Il a, en outre, veillé à instaurer un climat propice au renforcement des relations sociales entre les habitants, à la coopération entre les hommes dans une perspective de droiture et de probité, et la coopération entre les femmes afin qu’elles s’entraident dans la gestion de leurs demeures et l’éducation de leurs enfants.

D/3- L’architecture interne, notamment la décoration, était marquée par des versets gravés minutieusement et dans une belle calligraphie sur les murs pour exprimer la foi et l’attachement à Dieu. Cette ornamentation, qu’elle soit sur la pierre, le bois, le plâtre ou la céramique, est restée abstraite, loin de toute représentation figurative. Le dessin végétal était une forme d’exaltation de l’unicité du Seigneur et l’expression de foi et d’adoration.

E- Le rôle spirituel des arts plastiques

E/1- Les arts plastiques, notamment la peinture et la sculpture étaient très présents dans les premiers édifices dont les palais de “Hir”, “Mafjar”, “Qusayr Amra” et dans les palais abbassides comme Jawsaq à Samarra. L’objectif de ces dessins étaient double : ils remplissaient un rôle décoratif exprimant le bonheur, la joie et la distraction, aspect commun aux arts plastiques, mais aussi spirituel et scientifique à travers les dessins que l’on voit sur les murs, dans les manuscrits, les instruments divers ou qui portent sur le Jihad, l’importance des sciences ou sur des questions politiques. Ces dessins représentaient aussi des scènes de rituels du pèlerinage, des grandes victoires islamiques et des premières guerres menées par le prophète en faveur de la nouvelle religion. A cela s’ajoutent les scènes représentant les guerres menées par les Sultans en Perse et en Turquie pour conquérir de nouveaux territoires et protéger les frontières. Les hauts faits des rois étaient un thème privilégié pour les artistes qui l’ont abondamment traité.

E/2- Les manuscrits traitant de certaines sciences étaient illustrés de dessins en couleur, les plus anciens portant des explications aux ouvrages scientifiques traduits en arabes, principalement en matière de médecine et en botanique. Cette technique était également adoptée pour orner et expliquer les livres de poésie et dans certaines "makamat" (Al- Hariri), ou pour raconter les périples des voyages.

Le livre de Galien (vers 131-201) sur la médecine, dont une copie se trouve à Paris et une autre à Vienne, comporte des illustrations sur la préparation des médicaments et sur la botanique, ainsi que de dessins d’agriculteurs.

Quant à l’ouvrage "Al Aghani" de Al Asfahani (mort en 1217), il représentait des aspects de la vie sociale. Deux parmi les six copies qui restent de ce livre se trouvent au Caire et à Istanbul. Dans une copie du traité de Dioscoride conservée à Istanbul, on trouve des images présentant des costumes et des scènes de la vie sociale de même que des boutiques d’apothicaires et différents types de plantes. Le manuscrit de "Kalila wa Dimna" (datant de 1222), qui se trouve à Paris, est illustré de 92 dessins représentant des animaux, dialoguant par la bouche de Bidpaï, le philosophe.

Regroupé en 100 pages, la copie du livre "Makamat al Hariri" qui se trouve à Paris, a illustré clairement les habitudes sociales, l’architecture et le costume islamique (26).

Le règne des Moghols a été marqué, quant à lui, par un foisonnement de manuscrits illustrés dont ceux de Ibn Bakhtichouaa (mort en 1294) illlustrant l’utilité des animaux ainsi que ceux d’Al-Biruni sur l’"Histoire des ancienes peuples" dans lequel il retrace historiquement le développement de l’être humain (mort en 1307) et de Rachid Dine (mort en 1306), “Jamaa al-Tawarikh” dans lequel on trouve des textes puisés d’ouvrages religieux.

Citons également à cet égard le célèbre chef-d’oeuvre de Firdawsi (mort en 1010), “Shah Nameh” (livre des rois), où l’on trouve des scènes décrites dans un style comique par moment. Il existe d’ailleurs plusieurs copies de cet ouvrage. A Bagdad, paraît un livre intitulé "Ghaib al Ilm" (1389). En Egypte et en Syrie, le livre "Mécanismes du mouvement" (aliyat al haraka) du savant Jazari comportait des dessins scientifiques et didactiques sur la mécanique.

F- Illustrations des prophètes et de la biographie du Prophète (que la paix et le salut soient sur lui)

F/1- Nous nous devons de marquer un temps d’arrêt devant les illustrations figurant dans "Miaraj Nameh" qui représente la vie du prophète Mohammad, que la paix et le salut soient sur lui. Le portrait qui a été fait du prophète a suscité une vive polémique. Mais les plus modérés considéraient que la représentation du prophète avait un objectif didactique et "révérenciel". Tarwat Oukacha(27) disait, à ce propos : "Ceux qui se sont permis de faire une description orale du prophète se sont abstenus de faire un portrait illustratif et à mon sens, les deux approches sont les mêmes".

F/2- Le portrait du prophète a été fait dans les livres de tradition du prophète (Al-Athar). Il était décrit comme "ayant des cils longs, une peau blanche et n’ayant pas un visage rond".

Mais la description des portraitistes était-elle fidèle à la réalité ? Fidèle aux portraits des prophètes, compagnons et hommes qui ont marqué l’histoire ? Leur vision, était, en fait, différente : ils furent soucieux de faire apparaître le visage du prophète éblouissant du rayonnement divin, qui engendre la ferveur dans le coeur du lecteur. C’est ainsi que ce dernier observera, dans la barbe du Prophète, une aménité et une douceur qui forcent la vénération, et dans les traits de son visage, une irradiation qui pénètre l’âme(28). Or, la description fut, selon les critères de l’esthétique, plutôt "simpliste".

F/3- L’objectif fut de servir la culture religieuse (la mission du prophète, son émigration vers Médine (al hijra) et les guerres saintes). Effectivement, l’islam encourage un tel objectif éducatif. Dieu a fait apprendre aux Hommes la lecture et l’éloquence (al bayane) et leur a appris les noms du Créateur : “Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer clairement” (Arrahman, 3-4). Al-Bayane était la première des particularités de l’homme. Or, il fut aussi à la fois écrit, oral, iconographique et symbolique.

Ainsi, l’art islamique a pu servir la religion et l’histoire et honorer des personnalités en illustrant leurs vertus et leurs caractères, sans tomber dans le piège de l’anthropomorphisme ou de l’imitation de Dieu.

F/4- Vers la fin de l’ère mogole, le chah Rakh, fils de Tamerlan a ordonné de publier le célèbre ouvrage intitulé "Miaraj Nameh" (en 1436), illustrant la biographie du prophète Mohammad et dont une copie se trouve à Paris. Quoi qu’on dise de ce manuscrit et de ses illustrations qui vont à l’encontre du principe de non-représentation, notamment du prophète, il n’en demeure pas moins que ce livre didactique constitue un guide clair et exhaustif de la biographie du prophète".

F/5- Cette ère fut également marquée par l’apparition de recueils de poèmes illustrés de miniatures, tels "Les cinq poèmes" de Nidami, "Al Boustane" de Saadi et “l’histoire de Youssef et Zoulikha”. Les œuvres du grand peintre, Behazad (mort en 1514) illustrait admirablement la société islamique, notamment la vie quotidienne en Iran. On attribue également à Behazad les illustrations de "Zafar Nameh", et de "l’histoire de Tamerlan". L’artiste a également fait des dessins indépendants d’individus et d’animaux. L’école de dessin, fondée à Tabriz par Chah Ismaïl, doit son essor et sa production aux bases jetées par Behazad.

A l’époque ottomane, fleurirent les dessins dépeignant le triomphe des musulmans à travers les biographies des sultans, dont "l’Almanach du conquérant", dessiné par Ahmed Moussa qui revient sur des représentations coraniques authentiques dignes de la vie du prophète, en concordance avec le portrait fait par l’Imam Ali. Mohamed Sabah Kalim a dessiné, quant à lui, des silhouettes d’hommes et d’animaux représentant des événements de la vie quotidienne. Dans le Hornameh et le Surnameh, récits hagiographiques des sultans, paraissent des scènes du vécu quotidien représentées dans un style naïf, mais extrêmement expressifs, tandis que d’autres ouvrages laissent entrevoir des silhouettes de guerriers dans des scènes de combats.

F/6- Les illustrations ont parfaitement rendu compte de la civilisation islamique et exprimé la grandeur des musulmans à travers leurs victoires, leurs architectures et leurs découvertes, passant des pages des manuscrits jusqu’aux murs et ustensiles.

La mosquée, avec ce qu’elle comporte de versets coraniques, d’enluminures et de mosaïques, demeure cependant le chef-d’œuvre de la civilisation islamique.

G- La mosquée à travers les arts

G/1- De manière générale, l’édification des grandes mosquées, tels le Dôme du Rocher, la mosquée de Grenade, la Mosquée Chah d’Ispahan ou la Slimania à Istambul, ainsi que des somptueux palais (le palais des Omeyyades, le palais Alhambra et ses célèbres jardins), resteront des monuments phares, témoins de la splendeur de l’architecture islamique, et qui n’ont pas d’égal dans le monde. L’architecte Sinan, le Léonard de Vinci du monde musulman, comme disait les Occidentaux, dépassait largement les artistes de la Renaissance italienne par ses théories et ses fabuleuses œuvres en dômes.

G/2- Les différents types d’arts islamiques (architecture, dessins, tapis et productions textiles) dénotaient un essor culturel, créatif, social et scientifique qui s’exprimait dans des dessins ayant trait à l’astrologie, la science, la géométrie, la zoologie auxquels s’ajoutent d’autres illustrations destinées à expliquer et à clarifier des éléments portant sur la vie sociale, la médecine, la physique et la dynamique. Il convient, en outre, de souligner que la qualité de la publication a été rehaussée grâce à l’embellissement de l’écriture et de la calligraphie, de la dorure et de la reliure, et son enrichissement par les miniatures en couleur.

De manière générale, le perfectionnement de la calligraphie, le dessin et la coloration dans l’intérieur des bâtiments et l’invention d’outils et d’ustensiles en verre, en métal et en poterie, de même que la créativité en matière de céramique, de vêtements et de bijoux, représentent, tous, des traits caractéristiques de la civilisation islamique, une civilisation façonnée par des grands artistes qui ont mis leur génie créateur au service des parangons de la politique, de l’histoire, de la science et du savoir.

Chapitre III : Développement de l’enseignement de l’art architectural islamique au sein des universités en vue de son adaptation aux progrès futurs

A- Les étapes du programme d’enseignement de l’architecture

A/1- Mettre en place un programme standardisé pour l’enseignement de l’art architectural islamique a pour but d’harmoniser les méthodes d’enseignement au sein du monde islamique afin d’aboutir à une architecture moderne qui conserve son authenticité islamique et son unité dans un monde qui exige un dialogue "culturel" afin d’enrichir les valeurs humaines et civilisationnelles, et ce, en recourant à la créativité et à l’art.

Ainsi, si l’architecture moderne constitue l’objectif, l’étude de l’architecture islamique authentique en demeure la base et le point de départ. Mais si le caractère statique de l’achitecture authentique est rédhibitoire à toute altération dans sa signification, l’architecture moderne, quant à elle, est dynamique et ouverte aux transformations grâce aux différents créateurs évoluant dans l’immensité géographique du monde islamique.

A/2- On abordera le monde de l’architecture islamique authentique à travers l’histoire et l’archéologie. Aussi est-il nécessaire d’étudier les différentes étapes de l’Histoire et des époques islamiques et de s’attarder sur le côté civilisationnel de cette histoire.

L’histoire proprement dite s’intéresse au récit des événements relatifs aux époques, aux règnes et aux relations politiques et économiques existantes. L’Histoire de la civilisation s’intéresse, quant à elle, au récit des différentes étapes relatives au progrès culturel, scientifique et technique et à la découverte de la pensée, de la nature et de la matière. Le chercheur dans ce domaine dispose d’un bon nombre de documents ainsi que de preuves matérielles exposées dans les musées, susceptibles de l’aider dans sa recherche et de l’informer directement du développement civilisationnel réalisé par les musulmans à travers l’histoire.

En outre, l’étude de l’histoire civilisationnelle doit être une étude comparative approfondie confrontant les différentes civilisations antérieures ou contemporaines à la civilisation islamique. Elle doit également mettre l’accent sur l’influence de chaque civilisation sur l’autre.

Une des importantes recherches comparatives faites à ce sujet est probablement l’étude des civilisations et des arts en essor avant l’Islam ainsi que leur degré d’influence sur la civilisation islamique.

A/3- L’étude de l’histoire et de l’archéologie demeure un moyen de connaissance des différents aspects de l’architecture à travers l’Histoire. Elle vise à établir les bases et les règles esthétiques architecturales et créatives susceptibles de nous tracer la voie de l’art architectural moderne. Il est indéniable que ces règles ne se limitent pas aux recherches faites sur le terrain, mais il est nécessaire d’étudier les écrits de penseurs ayant réfléchi peu ou prou sur l’esthétique. Il est également indéniable que cette pensée nous accompagnera tout au long des étapes de la création future afin qu’elle corrige notre conception d’une architecture et d’un art plus proche de notre identité culturelle et de notre génie créatif propre.

A/4- L’étape suivante est une étape relative à l’aspect pratique de l’art moderne et de l’architecture contemporaine auxquels aspirent nos sociétés musulmanes, loin de toute imitation, et proche des normes et des théories fondamentales.

A/5- Enfin, la méthode d’enseignement se base sur deux règles fondamentales ; la première concerne l’historique de l’architecture islamique et des arts, et la seconde est liée à l’élaboration de l’esthétique islamique ainsi que les bases théoriques des arts islamiques. Dans cette perspective, il est impératif de poursuivre la recherche historique et théorique afin de renforcer la science de l’histoire de l’art et la science comparative en matière d’art. Car les recherches faites jusqu’à ce jour dans ces domaines restent insuffisantes. En dépit de cet état de fait, nous suivons de près chaque étape de la mise en exergue des différents aspects de la civilisation islamique à travers des recherches subjectives. Nous œuvrons toujours à la sauvegarde de notre patrimoine et à l’unification de notre identité culturelle influencée en grande partie par l’invasion culturelle et la déliquescence civilisationnelle.

B- l’architecture : une science et un art

B/1- Les facultés d’architecture sont de création récente dans le monde arabe. Les facultés de génie civil sont apparues en premier ; l’art architectural était considéré comme une partie de cette science. L’architecture est devenue par la suite une discipline indépendante du génie civil et du génie de construction, enseignée parfois dans des facultés spécialisées. Qu’ils soient indépendants ou dépendants du génie civil ou des beaux-arts, les cours dispensés ne mettaient pas cependant l’accent sur l’architecture islamique.

Il est évident que l’architecture est à la fois une science et un art. Le fait de l’associer au génie civil montre qu’on la considère plutôt comme une science avant d’être un art créatif. Par contre, l’associer aux beaux-arts revient à considérer l’architecture d’abord comme un art. Par ailleurs, certaines écoles occidentales font la distinction entre l’art architectural et l’urbanisme, le premier étant caractérisé par un aspect artistique et le second par un côté scientifique mathématique.

Dans les pays arabes, l’architecture demeure une discipline artistique et scientifique où l’on étudie les sciences exactes et appliquées, en plus de la conception des plans architecturaux ; mais cette branche d’étude ne permet pas aux diplômés d’exercer dans le domaine du bâtiment sans faire appel à l’ingénieur en génie civil. Tandis que ce dernier est capable de faire le plan de toute construction sans recourir à l’architecte.

B/2- Etant donné que les matières étudiées dans les facultés d’architecture sont en premier lieu des matières scientifiques, les règles et les normes propres à cette discipline sont communes et universelles. Ces règles sont appliquées à tout type d’art architectural, y compris l’architecture islamique. Cependant, l’enseignement des matières artistiques, en l’occurrence l’histoire de l’architecture, le genre d’architecture et l’histoire des civilisations ne mettent pas l’accent sur l’art architectural islamique qui n’est qu’un cours parmi d’autres dans l’enseignement universitaire. Qui plus est, cet art est négligé dans les études relatives au genre architectural, à l’esthétique, aux techniques architecturales, à la sociologie et à la sémiologie.

B/3- S’il y a des partisans qui appellent à la création d’un département spécialisé dans l’architecture au sein des facultés d’architecture, le programme d’enseignement à adopter devra être comme suit :

- Étudier à l’intérieur des facultés d’architecture tout ce qui concerne cette spécialité sur le plan historique, en insistant sur l’art architectural islamique en lui consacrant des cours spéciaux ;

- Introduire la spécialité de l’art architectural islamique dans les études supérieures.

- Inclure dans le cursus d’art architectural islamique du 1er cycle universitaire, ou dans le cycle de spécialisation, les matières théoriques relatives à l’art architectural islamique, à savoir :

1-Théorie et caractéristiques de l’architecture islamique, ainsi que les différents types et écoles de cet art islamique.

2- L’histoire de l’architecture islamique et les célèbres architectes musulmans.

3- La conception et l’esthétique de l’architecture islamique selon les chercheurs contemporains.

4- La pensée islamique et l’esthétique selon les penseurs musulmans.

5- La sociologie islamique.

6- L’histoire de la civilisation islamique.

7- L’archéologie islamique et les résultats des fouilles archéologiques dans le monde islamique.

Les cours scientifiques pratiques seront les suivants :

1- L’étude sur le terrain des sites et des édifices islamiques.

2- La participation effective aux opérations des fouilles archéologiques, de restauration et de prospection.

3- L’enseignement des techniques de construction propres à l’art architectural islamique et leur rôle dynamique et préventif.

4- La présentation de plans architecturaux et ornementaux intérieurs, inspirés du patrimoine architectural islamique, et adaptés aux exigences du progrès civilisationnel, social et technique ainsi qu’aux innovations futures.

5- L’analyse de l’architecture islamique traditionnelle et moderne, et sa critique dans le cadre de séminaires communs.

B/4- La création de départements spécialisés de l’art architectural islamique et la mise en exergue de cet art face aux arts architecturaux internationaux, exigent des professeurs spécialisés qualifiés, ainsi que l’enrichissement de la bibliothèque universitaire en bibliographie spécialisée et des Atlas sur l’architecture islamique. Il convient d’avouer, cependant que l’enseignement en matière d’architecture islamique est pauvre en spécialistes qualifiés dans les domaines de l’histoire de l’architecture islamique, de la conception esthétique et de l’archéologie. Aussi faut-il inciter les spécialistes titulaires d’une maîtrise dans l’art architectural islamique à obtenir un doctorat dans leur spécialité afin de se qualifier pour l’enseignement universitaire.

B/5- Le manque de bibliographie relative à l’art architectural islamique au sein de la bibliothèque universitaire est un problème auquel il faut faire face. Il est vrai qu’un certain nombre d’orientalistes ont réalisé des ouvrages acceptables(17) dans le domaine de l’histoire de l’art architectural islamique, et que certains ouvrages ont même été traduits en arabe et en langue perse, cependant la majorité de ces ouvrages n’ont pas souligné le lien qui existe entre les réalisations architecturales et l’identité islamique à cause de l’ignorance de ces orientalistes de la pensée islamique et des fondements de l’esthétique islamique. Les chercheurs arabo-musulmans doivent consentir des efforts pour combler cette lacune.

C- L’archéologie et la recherche du patrimoine architectural

C/1- L’archéologie qui s’est intéressée à la recherche du patrimoine architectural islamique est la première discipline qui a approfondi l’étude de l’art architectural islamique et a analysé l’ensemble de ses caractéristiques, soit à travers les vestiges ou les monuments encore en place telles les grandes mosquées d’Al-Qods, de Damas, du Caire, du Kairouan et de Fès, ou les monuments restaurés, devenus des lieux de visite "scientifique" et "touristique" préservant ainsi la mémoire architecturale arabe, tels la Mosquée de Cordoue, la Mosquée du Shah à Ispahan et le palais des Abbassides à Bagdad.

C/2- Les chercheurs ont pu déterminer, grâce aux gravures et aux épigraphes sur la date de construction des édifices islamiques, l’identité du fondateur et le sultan qui en a donné l’ordre. Ils ont par ailleurs défini les conditions de construction comme les titres de propriété et les biens de mainmorte.

C/3- Les missions archéologiques de recherche du patrimoine architectural musulman sont devenues de plus en plus actives. Organisées jadis uniquement par des étrangers, ces missions sont aujourd’hui accomplies par des nationaux ou avec la participation étrangère. Les résultats considérables de ces opérations de recherche ont comblé les grandes lacunes dans nos connaissances sur notre patrimoine architectural islamique.

A ce sujet, on note spécialement la découverte des fabuleux monuments du palais Zahraa à Cordoue qui est l’un des plus importants joyaux architecturaux en Europe et dans le monde islamique.

C/4- En mettant en lumière notre patrimoine architectural islamique, c’est notre mémoire que nous cherchons à rafraîchir. Nous ne cherchons nullement à agrandir les musées comme c’est le cas du musée d’Etat à Berlin qui expose d’importants monuments architecturaux islamiques tels la façade du Palais de Mshatta de l’ère Omeyyade. L’archéologie est la science qui s’intéresse à l’étude, sur le terrain, des vestiges apparents et souterrains de l’architecture islamique, et ce, afin de déterminer l’époque, le type d’architecture et le rôle de ces monuments. En outre, les fouilles architecturales sont soumises à des réglementations mondiales qui régissent la méthode de recherche en ce qui concerne l’examen des couches en creusant à l’intérieur de surfaces carrées numérotées où l’on exécute des opérations de fouilles, carré par carré. De son côté, l’archéologue est aidé dans son travail par un ingénieur en archéologie, un paléographe et un botaniste. Ainsi, l’examen des matières organiques se fait au laboratoire en utilisant le carbone qui facilite la datation. Ce dernier est un élément organique radioactive qui perd sa radiation après 5600 années et c’est la perte de ces radiations qui permet la datation des matières organiques, tels que les plantes, les os, l’argile et le bois, principaux éléments de l’architecture ancienne

C/5- L’étude en matière d’archéologie se base sur une grande culture artistique et sur une connaissance des pièces découvertes qu’elles soient en verre, en argile, en métal ou en bois, ainsi que sur la connaissance de la calligraphie arabe. Il suffit d’observer les débris d’un objet en céramique pour en savoir la forme complète et, partant, son âge et son origine. Les symboles et les dessins sont les principaux déterminants de l’identité des pièces archéologiques.

Par ailleurs, il faut louer les efforts des départements universitaires d’archéologie qui ont formé malgré leur récente création une génération d’archéologues capables de combler les grandes lacunes que connaît le monde de la recherche archéologique. Il est cependant nécessaire de dispenser des cours sur l’étude d’opérations d’assistance aux fouilles dans les facultés de génie civil et d’architecture, pour permettre à un certain nombre d’architectes de se joindre aux groupes de recherche archéologique.

C/6- Le rôle de l’archéologie est de fournir des connaissances historiques et scientifiques et de faciliter les opérations de conservation, de maintenance et de restauration selon les besoins et les résultats des fouilles. Il est indispensable de respecter le moindre aspect lors de la restauration car tout ajout est susceptible d’altérer la réalité architecturale et, par la même occasion, l’histoire du monument. Il est également indispensable d’utiliser les mêmes matériaux au cours de la restauration et de respecter totalement les formes architecturales ainsi que la manière dont elles sont exécutées au plan historique. De même qu’il faut authentifier les données architecturales du patrimoine afin d’assurer la pérennité du caractère authentique originel dans l’architecture moderne, après une longe période de rupture avec l’art traditionnel.

D-La recherche de l’esthétique islamique dans le domaine de l’architecture et de l’art

D/1- Des efforts ont été consentis quant à la recherche de l’esthétique en matière d’architecture et d’art, par Olique Grabar(18) et Alexandre Papadopoulo(19). Mais ces études faisaient état d’une vision subjective où l’on a opté pour un courant ou une tendance islamique précise. En outre, elles sont basées sur des sources non vérifiables dans leur analyse de l’art architectural islamique.

D/2 - Certains penseurs arabes ont traité des sujets propres à la pensée islamique et ont réussi à mettre en valeur les fondements de la pensée islamique en écartant toute question doctrinale ou dogmatique. Cependant, rares sont les chercheurs arabo-musulmans qui ont traité des questions relatives à l’esthétique. C’est pourquoi nous aspirons à établir une théorie de l’esthétique islamique qui s’inspire de la pensée et de la philosophie islamiques.

Notre intérêt a porté sur la philosophie esthétique de Abou Hayyan Al-Tawhidi(20), telle qu’il l’a exposée dans les ouvrages qui ont échappé au feu qui a détruit la majeure partie de son œuvre. Nous avons fait à ce sujet une étude comparative de l’esthétique et de sa terminologie.

Ainsi, nous avons pu mettre à la disposition des lecteurs un ouvrage-modèle sur la conception de l’art islamique en nous inspirant de la philosophie d’un des plus grands érudits musulmans en matière de pensée et d’art au sein du monde arabo- islamique. Reste encore une large étude à faire à ce sujet à partir des oeuvres de Al-Jahiz, Ikhwan As-Safa, Ibn Khaldoun, El Farabi et autres.

D/3- Le caractère distinct de l’esthétique islamique par rapport aux autres conceptions, notamment la conception occidentale fondée par des philosophes allant de Platon à Hegel en passant par Kant, avant de devenir avec Baumgarten une science à part entière, nous incite à mettre l’accent sur la nécessité d’étudier l’esthétique “indépendamment” ou en “comparaison” avec l’esthétique occidentale. On ne peut donc étudier l’art architectural islamique sans faire autant pour l’art architectural mondial, car on ne peut faire ressortir la spécificité de notre art qu’en comparaison avec les autres arts, à savoir l’art indien, mexicain et classique ainsi que l’art chrétien, à travers ses diverses écoles notamment celles de la Renaissance en Europe.

D/4- Il est également nécessaire d’étudier les origines de l’art islamique qui remontent à l’époque pré-islamique, notamment l’art égyptien, perse, mésopotamien, yéménite et phénicien.

Certains historiens ont commis l’erreur de séparer la civilisation islamique des civilisations arabes anté-islamiques, comme la civilisation mésopotamienne, amorrite, phénicienne, yéménite et nabatéenne. Ces civilisations ont en fait baigné la région-berceau de l’islam qui couvrait l’Irak, la grande Syrie, le Yémen et la péninsule arabique. Il s’agit, en l’occurrence, des civilisations perse et byzantine qui marquent la période transitoire entre les anciennes civilisations et la civilisation islamique.

Par ailleurs, l’architecture et les art persans se sont inspirés de l’ancienne civilisation mésopotamienne, constituant même son prolongement, et lorsque cette civilisation fusionna avec celle des Arabes bédouins, dont sont issus les Arabes lakhmides de Hira et les Arabes de Palmyre lors du règne de la famille Hairàn notamment avec Zénobie, sont apparus les caractéristiques de l’art et de l’architecture arabes malgré la prédominance politique et culturelle grecque et romaine. Des monuments tels ceux de Palmyre, Khawarnaq et Assadir à Hira, sont encore les témoins de ces caractéristiques locales, distinctes du cachet classique.

D/5- De tout temps, notamment pendant les époques sassanides, classiques et byzantines, les artistes et batisseurs étaient des maîtres architectes autochtones qui ont dû renoncer à leur identité sous l’emprise des autorités étrangères régnantes.

Les historiens mettent l’accent sur la part prise par les architectes syriens dans l’édification de somptueux monuments, dont les plus célèbres se trouve à Rome, à savoir les bains de Caracalla, l’arc de Trajan, l’arc de Triomphe de Septime Sévère et le pont de Dobroudja sur le Danube. L’architecte syrien Apollodor compte parmi les génies de l’architecture sur la scène romaine.

D/6- Les historiens citent également les architectes syriens qui ont réalisé la Basilique Saint-Sophie selon les normes architecturales syriennes connues à l’ère byzantine et adoptés plus tard par les architectes ottomans musulmans. Dans ce domaine, l’architecte Senan, considéré comme le Léonard de Vinci des musulmans, était un génie de l’architecture, comme en témoignent ses centaines de monuments islamiques dont le plus célèbre est la mosquée Salimiya à Ederne. Ainsi, les arabes musulmans ont pu, grâce à leur patrimoine pré-islamique, réunir des éléments architecturaux importants qui ont enrichi l’architecture islamique. Les minarets cubiques et spiralés, conçus sur le modèle des Ziggourats de Mésopotamie, illustrent le lien puissant qui rattache ces édifices à leurs origines.

D- Les théories architecturales islamiques

E/1- La théorie de l’architecture islamique est une des plus importantes disciplines universitaires spécialisées. Nous ne pouvons concevoir les caractéristiques de cette architecture sans avoir étudié les théories sur lesquels reposent les éléments de cette architecture ainsi que les symboles spirituels qu’elle véhicule. Outre les mathématiques exactes qui nous permettent d’analyser la structure des entités architecturales, tels les arcs, les dômes, les piliers, les mihrabs, le minaret, les mathématiques symboliques directement liées à la foi islamique nous permettent de mieux comprendre les raisons qui ont suscité l’émergence des éléments architecturaux islamiques, et partant, de déterminer l’identité de l’architecture et des arts islamiques, et de mettre en évidence les grandes valeurs que l’architecte a puisées dans les principes immuables de l’islam.

E/2- L’enseignement de l’histoire de l’architecture islamique, de sa philosophie et de ses théories a pour object de perfectionner l’architecture islamique du futur qui s’épuise à étudier l’architecture et les arts mondiaux, alors que l’architecture et les arts islamiques, essences de sa propre culture et témoins du génie créateur de sa civilisation, sont délaissés. Le premier objectif didactique est de permettre à l’étudiant musulman arabe ou non arabe de comprendre l’architecture islamique et de l’analyser sur les plans scientifique et esthétique.

L’étape de la création originale nécessite, quant à elle, un long parcours qui dépasse le cadre de l’enseignement dispensé : il n’est pas aisé de préparer un architecte islamique qui ignore ou ne croit pas à son appartenance à la religion, à la pensée et au patrimoine islamique. Cette appartenance ne peut être acquise que par le truchement de la connaissance, raison pour laquelle les études universitaires ont été le moyen idoine pour affermir l’appartenance islamique et tracer les jalons pour la phase de l’art engagé.

E/3- La création d’une architecture authentique adaptée au présent et à l’avenir constitue désormais le meilleur moyen pour ancrer les caractéristiques civilisationnelles de la religion islamique.

Il nous appartient de préserver la civilisation islamique de la passivité intellectuelle et des politiques erronées en instaurant les bases d’une renaissance culturelle qui commence par la restauration de l’identité de la cité islamique. L’architecture constituerait alors le creuset et l’essence même de la civilisation qui sont les indices du progrès socio-économique d’une société islamique saine.

F- La conception architecturale islamique

F/1- La conception architecturale islamique est une matière qui exige un grand nombre de travaux pratiques, d’où son importance. Il est donc obligatoire de multiplier les exercices pratiques concernant l’esquisse des plans en accompagnant ces derniers d’une explication détaillée qui aide l’étudiant à corriger ses erreurs et les idées fausses qu’il a des fondements esthétiques et théoriques de l’art architectural islamique. En outre, l’étude de ces plans se compose de points importants qui constituent le pivot central de tout dessin précis de plan. Ces points sont les suivants :

1- Respecter la pensée esthétique islamique inspirée de la Charia et de la doctrine de certains philosophes et chercheurs anciens et modernes, tout en se conformant au verset suivant : "Est-ce que celui qui a fondé son édifice sur la crainte révérencielle de Dieu et pour lui plaire n’est pas meilleur que celui qui a fondé son édifice sur le bord d’une berge croulante, rongée par une eau qui fait crouler la bâtisse et son bâtisseur dans le feu de Géhenne ? Dieu ne dirige pas un peuple injuste" (Attawba, 109).

2- Respecter la fonction de l’édifice, qu’elle soit religieuse ou urbaine.

Dans ce contexte, l’architecture islamique s’est distinguée par son respect de la fonction et du besoin pour lequel les constructions ont été édifiées.

3- Etablir la sécurité, la paix et la stabilité, qui sont des conditions générales, tout en respectant les traditions et l’environnement islamiques qui sont des conditions propres à l’architecture islamique.

4- Etudier la faisabilité économique des plans pour répondre aux exigences de la situation économique et du budget consacré au projet.

5- Respecter le côté sanitaire en recourant aux systèmes d’aération traditionnels "Badghirs". Assurer l’isolation thermique, utiliser l’énergie électrique et solaire ainsi que les matières isolantes traditionnelles et éviter, enfin, d’utiliser le ciment qu’en cas de besoin extrême, car c’est un conducteur de chaleur et de froid à l’opposé de l’argile et du bois.

6- Recourir aux techniques modernes dans la mesure où celles-ci n’altèrent pas le caractère authentique de l’architecture, tout en évitant d’augmenter les coûts de construction et de compliquer les opérations de maintenance et de fonctionnement.

7- Réaliser une harmonie architecturale entre les constructions, les espaces vides, les jardins, les rues et les ponts.

8- Etudier l’architecture intérieure en respectant la conception de l’esthétique traditionnelle tout en invitant à la création et à l’innovation. Utiliser les matériaux modernes requis par l’architecture intérieure contemporaine pour satisfaire aux besoins de la vie moderne, tout en respectant les techniques d’aération traditionnelles.

9- Restituer dans la limite du possible le principe de "l’intériorité" dans l’architecture islamique et prendre soin de l’enceinte intérieure, du hall et des seuils auxiliaires qui contribuent au maintien du climat intérieur.

G- Découvrir des talents en matière d’architecture

Il est indéniable que les matières d’enseignement théoriques et pratiques aident l’étudiant dans l’esquisse de ses plans architecturaux selon les données culturelles, économiques, sociales et environnementales. Si le dessein de l’université est d’amener l’étudiant à exécuter ses plans suivant des conditions académiques, la découverte des talents demeure le moyen efficace pour ouvrir de nouvelles perspectives pour l’architecture du futur. Cette architecture ne doit pas être une imitation servile de l’architecture ancienne, pas plus que le patrimoine n’est un modèle pour l’imitation ou la reproduction. Cette architecture nous permet de sauvegarder notre identité, car une fois ses secrets dévoilés, notre attachement en sera d’autant plus renforcé que nous en éprouverions alors la liberté créatrice, condition sine qua non pour ressusciter le patrimoine architectural et l’enrichir avec d’innombrables créations individuelles. Le temps des courants architecturaux est révolue et les individualités font désormais partie intégrante de l’art et de l’architecture moderne.

Il s’avère donc nécessaire d’établi une architecture future basée sur un style variable au niveau des conceptions et des plans, mais constant de par son appartenance et son identité. La diversité de création doit être un objectif à long terme qui nécessite des manuels universitaires à condition que la créativité ne se départe de ses racines et de ses origines, sinon elle finira aux oubliettes.

C’est le sort que connaît l’architecture moderne qui s’est départie de ses racines et de sa pensée et s’est fourvoyé dans les labyrinthes du vagabondage créatif. Elle est aujourd’hui à la recherche des racines perdues, mais en vain.

H- Le vocabulaire et la terminologie de l’architecture

H/1- L’architecture est le langage des symboles qui nous permet de lire à travers l’histoire, la civilisation et l’identité nationale, et de déterminer le niveau de créativité authentique. Pour que cette langue soit comprise de ses destinataires, il est obligatoire d’unifier sa terminologie. La langue arabe, qui est celle de la civilisation et de la religion islamique, est marquée par une terminologie flottante qui nous empêche d’aboutir à une lecture unifiée de l’art architectural et à élaborer le plan architectural.

H/2- La terminologie architecturale créée par les maîtres de l’architecture dans chaque pays islamique n’a pas permis de mettre au point des termes communs en matière d’architecture, à même d’aider à l’institution d’un même langage pour les architectes et les études en architecture. Des efforts ont été déployés par certains orientalistes pour la collecte, la normalisation, la comparaison et la clarification des termes(21).

Des efforts ont été également déployés pour traduire la terminologie d’architecture du français et de l’anglais vers l’arabe(22).

H/3- L’objectif est de normaliser la terminologie universitaire et de l’enseignement, mais l’écart entre les différentes variantes locales de cette terminologie est toujours présent. Ainsi, le jargon architectural syrien est diffèrent de celui usité au Maroc, alors que ces jargons peuvent être unifiés grâce à la terminologie arabe classique. Jusqu’à présent aucune étude comparative unifiée n’a été réalisée. Il incombe aux centres de recherche et aux académies de langue d’effectuer un tel travail.

I- Le métier et l’art architectural islamique

I/1- L’enseignement des arts architecturaux islamiques et de la spécialisation dans ce domaine ont pour objectif de permettre l’exercice du métier d’architecte conformément aux principes, théories et techniques de l’architecture islamique lesquels constituent les spécificités et les traditions de l’architecture islamique. Il est à signaler que l’architecture est une spécialité nouvellement introduite dans les études universitaires islamiques. L’architecture islamique, elle, est une matière inexistante dans l’enseignement universitaire. Jusqu’alors cette spécialité était détenue par le maître-architecte qui était probablement analphabète et avait à sa disposition des moyens et des matières de construction traditionnels et limités.

En dépit de ces conditions, cet architecte a pu réaliser des constructions extraordinaires qui témoignent d’un génie et d’un talent inégalés à ce jour par l’architecte instruit. Dans les institut d’arts appliqués, l’enseignement est dispensé par ces maîtres architectes qui ont atteint l’apogée du succès à l’époque moderne grâce à l’édification de constructions majestueuses comme le mausolée Mohamed V à Rabat et la Mosquée Hassan II à Casablanca.

En outre, on continue à faire appel, pour les opérations de restauration, à ces maîtres architectes qui se font malheureusement de plus en plus rares, en l’absence d’encouragements de la part des autorités pour inciter les jeunes générations à assurer leur succession.

Il est utile de signaler que ces maîtres architectes assument avec succès les opérations de restauration des édifices islamiques au sein du monde arabe, d’Ispahan à Baghdad, de Damas au Caire, de Tunisie au Maroc et à Cordoue.

I/2- La grande lacune de l’enseignement universitaire, en général, et de l’enseignement des arts architecturaux, en particulier, est de se confiner aux études théoriques, négligeant l’aspect pratique et la formation. Aussi, la spécialisation demeure-t-elle incomplète, nécessitant un long parcours, d’où la difficulté de préparer les architectes islamiques par le biais des seuls cours théoriques.

I/3- L’habilitation de l’architecte passait par le travail en atelier où l’architecte passait par plusieurs étapes à commencer par les tâches les plus élémentaires comme la préparation de l’argile, le ciselage de la pierre et l’esquisse de plans sous la supervision de maîtres talentueux qui lui apprennaient chacune des opérations de la construction.

L’architecture a continué à se développer grâce à leurs talents et leurs expériences professionnelles. Il est à noter que les architectes spécialisés qui ont exercé auparavant dans le domaine de la construction réunissent mieux la conception et la réalisation de leur projet en concordance avec le caractère architectural traditionnel et conformément aux critères de l’architecture islamique.

I/4- L’enseignement universitaire n’a pas la vocation exclusive de former des spécialistes de l’architecture islamique. Il tend plutôt à rendre l’ensemble de la communauté plus sensible aux secrets de l’architecture islamique, ce qui est de nature à favoriser la sauvegarde de son patrimoine et à pérenniser ses schémas traditionnels en les incorporant dans l’architecture moderne. C’est là le meilleur moyen d’assurer des opportunités de travail pour les architectes.

I/5- Il est bien regrettable que le passage de la population de l’ancienne médina aux quartiers modernes, dans les années cinquante, ait entraîné la négligence de l’ancienne cité devenu parfois un objet de dédain. Cet état de fait a freiné le transfert du style architectural islamique aux bâtiments des villes modernes.

Aussi l’enseignement compte-t-il parmi ses principaux objectifs la sensibilisation du citoyen aux atouts de l’architecture islamique pour l’amener à changer d’attitude à son égard. De cette façon, il ressentira de la fierté pour son patrimoine et aura des dispositions plus favorables pour opter en faveur d’une architecture moderne authentique.

Il va sans dire que la formation d’un architecte musulman productif doit être menée parallèlement à celle du bénéficiaire des prestations de cet architecte, en préparant les esprits à l’acceptation de cette architecture. Pour ce faire, il ne suffit pas seulement de susciter des sentiments passionnés pour le patrimoine et la patrie. Il importe surtout de vulgariser les notions de la culture architecturale islamique au sein des écoles, en faisant connaître ses joyaux et ses spécificités à travers les différents moyens d’information. Il convient aussi d’organiser, sur une vaste échelle, des rencontres, des conférences et des expositions qui visent à mettre en exergue l’importance de cette architecture.

Chapitre IV : Insister sur les traits civilisationnels et religieux et les valeurs nobles des arts islamiques

A- Religion et civilisation

A/1- L’islam prend appui sur la foi en Allah, Dieu des deux mondes ainsi que sur Son unicité, car Il est unique et sans associé "Il n’engendre pas, Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui" (Al-Ikhlas, verset 3-4).

C’est un dieu incomparable qui n’a point d’égal "Rien ne lui est égal" (Al-Shura, verset 11), De même qu’Il est éternel "Il est premier et dernier" (Al-Hadid, verset 3), “Il est omniscient et omnipotent” (An-Nahl, verset 70). “Il connaît ce qui paraît au grand jour et ce qui est caché” (Al-A’la, verset 7). Allah est au-dessus de toutes les créatures, au-dessus de toute forme, au-dessus de toute force, de tout volume et de toute limite. “Il a la transcendance absolue” (Ar-Rum, 27). Il est le Créateur de tout l’univers. Il transcende toutes les autres créatures, toute force et défie toute forme et toute extrémité. Il est le parangon suprême et le grand Principe. Il embrasse l’univers dont Il est le créateur.

A/2- Dans Annour, verset 36, le Coran présente certains attributs de Dieu. "Dieu est la lumière des cieux et de la terre". Il est le rayonnement primaire duquel le ciel et la terre ont été générés ; "Sa lumière est comme une lampe dans une niche, la lampe est contenue dans une bouteille en verre, qui a l’apparence d’une planète illuminée". Cette figure imagée est destinée à éclairer l’essence divine "Son combustible est un arbre béni, un olivier qui n’est ni d’occident ni d’orient". Autrement dit, le combustible qui sert à entretenir cette lumière est atemporel et non localisable dans l’espace conventionnel. "Son huile illumine sans être au contact du feu". Cette lumière n’a pas la nature du feu. "Lumière sur lumière" exprime le caractère absolu de cette lumière "Dieu guide vers sa lumière qui Il veut". "Dieu montre le droit chemin aux pieux qui cherchent à cerner Son essence". Et Dieu guide les hommes droits à découvrir Son secret.

En effet, avoir foi en Dieu implique la quête du secret divin, de la pérennité de Dieu. Pour ce faire, Dieu a doté l’Homme de la raison et de la science pour percer les mystères de l’univers. Cette quête perpétuelle est l’essence de la civilisation. L’Homme perçoit l’univers comme un monde à explorer et à cerner. Car si le rapport de l’individu avec l’univers est la quête du savoir, celle qu’il entretient avec Dieu se manifeste par l’adoration et le loyalisme envers Lui. "Parmi les serviteurs de Dieu, les savants sont seuls à Le redouter" (Fatir, verset 28). “Dieu a honoré les hommes du savoir et les a incité à l’exploration. Dieu témoigne et avec Lui les Anges et les hommes doués de savoir qu’il n’y a de Dieu que Lui, Lui qui établit la justice” (Al-Imràn, 28).

A/3- L’essence transcendante de Dieu fait de Lui le refuge ultime pour les fidèles avides d’approcher l’Absolu et de percer les signes de la présence divine dans l’univers qui les entoure. La foi du croyant se mesure à la recherche de l’essence divine, "Ce que Dieu possède est plus bénéfique et plus pérenne". (Al-Qisass, 60). C’est là le propre de l’islam qui prêche le dogme monothéiste inébranlable et prive de la bénédiction divine quiconque n’y croit pas : "Dieu ne peut pardonner qu’on Lui associe d’autres dieux, mais pardonne tout autre péché à qui Il veut" (Annisae, 48).

B- La question d’interdiction de la représentation en matière d’art

B/1- Il est des questions que certains docteurs de loi n’ont pu aborder avec la rigueur requise ni rejeté catégoriquement. C’est le cas de la représentation figurative qui a été remise à l’ordre du jour dans les années trente, d’abord sous l’impulsion des orientalistes, puis ensuite par les docteurs de loi. Ceux-ci se sont référés aux avis de certains rapporteurs de Hadith comme Annawawi, qui ont décrété de manière absolue le caractère illicite de cette représentation figurative.

Pour prononcer un verdict aussi péremptoire, ils ont du se référer au Hadith suivant : "Au jour du jugement dernier, les peintres qui cherchent à égaler la création de Dieu s’exposent au plus sévère des châtiments". Il est d’autres Hadith qui reprennent la même idée sans spécifier les motifs de la prohibition. L’unique exception concerne l’avis émis par des grammairiens comme Abu Ali Al-Farisi. Ceux-ci se basent sur les règles de la grammaire pour affirmer que la prohibition n’est valable que dans le cas où Dieu est dépeint sous une forme humaine. L’intérêt de cette interdiction est d’éviter le pêché de l’idolâtrie et du paganisme qui relèvent de l’impiété. L’autre justification de la prohibition est de dissuader le peintre de prétendre être capable de représenter les créatures, empiétant de la sorte sur les limites de la faculté de représentation reconnue exclusivement au Créateur. Dans l’ensemble de sa bibliographie, notamment "les signes divins", "Al-Imtae wa Al-Moanassa" et "Al-Moqabassat", Abou Hayyan Tawhidi ne soutient pas un avis favorable à la prohibition de la représentation picturale sous toutes ses formes divines, naturelles ou humaines. Dans son interprétation, il ne renvoie pas aux avis des imams ni à ceux des docteurs de loi, mais bâtit son opinion personnelle sur les impératifs du credo monothéiste et les prescriptions divines qui se ramènent au verset coranique : "Rien ne Lui est égal".

B/2- Parlant de l’image de Dieu, Abou Hayyan souligne le principe monothéiste qui caractérise l’islam(23). Il décrit ainsi le Créateur comme : "Toute chose est une manifestation de Dieu, sa raison d’être est Dieu, et son devenir ultime est Dieu". Voilà pourquoi il n’est pas permis d’attribuer à Dieu une forme humaine ni de l’apparenter à quelque image que ce soit. Il est l’Absolu qui ne peut être relativisé. C’est là le travers de l’art pictural occidental qui a représenté le créateur en plafond de la Chapelle Sixtine, en lui donnant l’image d’un vieillard s’attelant à créer l’Univers et l’Homme. Cette représentation de Dieu était assez proche de la figure de Zeus, dieu des dieux dans le panthéon de la mythologie grecque.

Partant de là, Tawhidi a affirmé : "Les attributs que l’on accorde à Dieu ne sont pas assez vastes pour embrasser la portée absolue de l’essence divine, au même titre que toutes les figurations symboliques qui tentent l’impossible objectif de représenter Dieu". Et d’ajouter que l’Homme est incapable de circonscrire les attributs de Dieu. Mais, sa raison et son intuition peuvent l’aider à concevoir le pouvoir créateur de Dieu qui prend forme à travers Ses créatures et leurs mystères, l’univers et ses mystères.

Comme l’énonce le Coran, “Dieu reste le Premier et le Dernier, le Manifeste et le Sous-jacent” (Al-Hadid, 3). De ce fait, Tawhidi affirme : "Dieu, en étant imperceptible à la vue humaine, est manifeste à travers les signes de l’univers, ses éléments, ses parties.

B/3- Reprenant l’avis de quelques exégètes du Hadith, Abou Hayyan soutient que la prohibition ne frappe que la représentation de Dieu. S’appuyant sur le principe de l’unicité de Dieu et de la croyance monothéiste, il affirme que la représentation de Dieu ne peut pas être assujettie à des critères d’espace et de temps périssables. Celui qui réfère à Dieu par des moyens rationnels, en dehors de toute intention maligne et sans désignation ni par le nom ni par la forme, animé d’un sentiment d’adoration pour Dieu, aura respecté le credo du monothéisme.

Il aura prouvé l’immédiateté, réfuté la spatialité et l’anthropomorphisme et attribué à Dieu une valeur transcendante qu’aucune pensée ne peut appréhender. Ainsi, Abou Hayyan Tawhidi subordonne-t-il la représentation de Dieu à des conditions qui procèdent du dogme monothéiste, récusant tout rapprochement entre Dieu et l’Homme. Il affirme à ce propos : "Lorsqu’il (le peintre) hisse Dieu au-delà de ces attributs, il est autorisé à user de formules métonymiques pour contourner la difficulté de la description. Nous autres humains, sommes forcés d’agir ainsi parce que nous avons besoin d’évoquer Dieu, de l’implorer, de l’adorer, de le prier, de le craindre et de le connaître. "

Comment réaliser l’image de Dieu ? Tawhidi affirme à ce sujet : "Sans l’aide de Dieu, nous serons loin d’appréhender cette image. Et notre tentative n’en sera qu’appoximative. Toutefois, l’image est approchée par des formules du genre : elle se manifeste par le symbole de l’unicité, se consacre par la pérennité et s’affirme par l’existence".

B/4- Pour la première fois depuis mille ans, Attawhidi nous permet de comprendre pourquoi l’arabesque géométrique et végétale est apparue. S’appuyant sur l’avis favorable d’Attawhidi, l’art arabesque a pu contourner la logique de la réfutation adoptée par les orientalistes qui prétextent que les ornemanistes et les artisans se sont adonnés à cet art pour se soustraire à l’emprise de l’interdit.

Aucune distinction n’était opérée entre la représentation de l’image divine et la représentation anthropomorphiste dont Abou Hayyan a défini les formes, les finalités et les justifications, loin de toute logique de prohibition. Et pour cause, cette logique ne s’inscrivait pas au cœur des problématiques de l’esthétique islamique, contrairement à ce qui prévaut de nos jours.

Comme il ne s’agissait point d’une problématique fondamentale que dans la mesure où elle est en rapport avec l’interdit qui frappe toute œuvre destinée à imiter l’acte de création propre à Dieu, Abou Hayyan a été catégorique pour couper court aux surenchères et à la polémique qui pouvaient éclater à ce sujet.

De ce fait, l’arabesque est un art religieux islamique qui procède du principe monothéiste. Quant à la peinture représentative, elle a plutôt vocation d’un art séculaire revêtant des dimensions culturelles que la religion ne frappe d’aucun interdit. C’est la raison pour laquelle la peinture représentative devient un acte licite si, et seulement si, elle a pour but, soit d’éveiller les réminiscences de sensations antérieures, soit de figurer des objets ou des créatures imaginaires n’ayant aucun rapport avec la réalité ou l’intellect, soit encore de vulgariser des concepts purement rationnels.

C- La quête de la piété et la création artistique

C/1- D’essence idéaliste, l’art islamique cherche le sublime, notamment à travers l’architecture religieuse que symbolise les hauts minarets et le dôme, ouvrages représentatifs de la mansuétude divine. Par là, l’artiste musulman tend à approcher l’Absolu par souci de piété. C’est là le sens profond du développement de l’arabesque géométrique et florale, où le végétal symbolise le paradis avec ses palmiers, ses grenadiers, ses figuiers, ses herbes, ses épis de blé et ses fleurs "Ses ombrages seront à proximité et ses fruits inclinés très bas pour être cueillis" (Al-Insane, 14).

De plus, l’artiste est autorisé à réaliser des portraits mais sans s’attarder sur les détails. Cette pratique, connue sous le nom de "Tarh", montre que l’artiste est "incapable de créer l’Homme d’une eau vile, encore moins d’insuffler une âme à l’image. Loin de toute velléité de création, l’œuvre de l’artiste a une valeur strictement esthétique qui procède du sentiment de croyance et de dévouement à Dieu. Il ne s’agit point de représenter l’essence divine, ni de tenter de l’imiter : "Les peintres qui imiteront la création de Dieu s’exposeront le jour du jugement dernier au plus sévère des châtiments" (hadith du prophète).

C/2- Le peintre musulman évite la reproduction, et transforme l’image jusqu’à ce qu’il atteigne la forme primaire qui correspond à la première étape de la création de l’être conformément au verset suivant : "... Il connaît ce qui est caché et ce qui est apparent. Il est le Tout-Puissant, le Miséricordieux qui a bien fait tout ce qu’Il a créé et qui a commencé la création de l’homme à partir de l’argile, puis Il lui a suscité une descendance à partir d’une goutte d’eau vile” (As-Sajda, 6-8).

Cette forme de représentation a atteint un symbolisme extrême exprimé par l’art de l’arabesque qui fut interprété comme étant platement ornemental, selon l’optique de l’art occidental. Bien plus, quelques musulmans l’ont interprété comme étant le résultat de l’interdiction de la représentation en islam, s’appuyant à cet effet sur le Hadith qui dit : "Au Jour du Jugement dernier, les peintres subissent un châtiment et on leur demande de mettre de la vie dans ce qu’ils ont créé". C’est ce qui a poussé Papadopoulo à dire : "La peinture en islam est un interdit, voire un péché."

C/3- En fait, la peinture n’est pas frappée d’interdit, sauf dans le cas où le peintre tend par son œuvre vers l’incroyance en essayant d’imiter Dieu dans Sa capacité créatrice, “C’est Lui Allah, le Créateur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Formateur” (al-Hashr, 24) ou lorsqu’il tente de représenter, dans ses peintures, l’image de Dieu Tout-Puissant.

Dans ce cas, on peut parler d’incroyance car Dieu est à nul autre pareil : “Rien n’est semblable à Lui, Il est celui qui entend et voit parfaitement” (Al-Choura, 11).

C/4- La peinture figurative a existé à travers toutes les époques de l’histoire islamique. Ainsi, du temps des Omeyyades, il nous est parvenu des représentations des califes dans leurs palais, tel le palais d’Amra dans lequel on peut encore voir les portraits des rois, des courtisanes, des artisans, des animaux domestique et des oiseaux.

Au palais Al Hir Ouest, on retrouve une sculpture qui représente probablement le calife Hicham, ainsi que des fresques dont l’une figure une femme sous forme de Gaïa, symbolisant la terre, et une autre représentant un chevalier au galop.

Toutes les peintures de ce palais ont été transférées au musée national de Damas. Quant aux chef-d’œuvres que renferme le Palais Al Mafjar, elles ont toutes été transférées au musée d’Al Qods.

Par ailleurs, plusieurs fresques murales ont été découvertes dans les palais du calife abbasside Al Mutawakkil à Samarra. Les productions picturales des ères fatimide et mamelouke sont, elles, exposées dans différents musées islamiques. Concernant l’époque ottomane, le grand voyageur Eveliya Gelebi (1668) a parlé des peintres d’Istanbul qui ont excellé dans la peinture figurative.

Les miniatures turques sont là pour témoigner de la diffusion de cet art aussi bien dans la communauté sunnite que dans la communauté shi’ite de Perse.

C/5- Des penseurs et des poètes ont fait une description générale des travaux artistiques qui attestent de la diffusion de l’art figuratif dans le monde islamique. Ainsi, Al Moutanabbi relate, dans un de ses poèmes, les faits d’armes de Sayf Al-Dawla et sa victoire sur les Byzantins à la forteresse de Barzawih, développe une description telle qu’on peut l’assimiler à un tableau haut en couleur figurant la tente qui a été dressée pour accueillir ce prince en 946.

Il ne fait aucun doute que la tente décrite est un produit de la pure tradition islamique car une tente similaire, en Egypte, fut confectionnée pour le calife Al-Mustadhir Billah (1033- 1094).

A ce sujet, Al Maqrizi (Vol II, 419) rapporte que cent cinquante artisans se sont mobilisées durant neuf années pour fabriquer cette tente qui a coûté au vizir Al Yazouri trente mille pièces d’or. D’après Al Maqrizi, ce vizir aimait beaucoup l’art et la peinture. Ce même auteur cite les deux grands peintres Ibn Aziz et Al Qusaïr qui rivalisaient pour produire les meilleures œuvres figuratives. A ce propos, Al Maqrizi dit : "J’ai déjà traité en détail dans un de mes livres des différentes catégories de peintres".

Dans un des chapitres de cet ouvrage qui s’intitule : "La lumière de la lanterne et celui qui en aime la compagnie", Al Maqrizi dresse une anthologie des peintres anciens et contemporains et analyse les tableaux qui se trouvaient chez le calife fatimide ou dans les palais des vizirs et des émirs. Malheureusement, cet ouvrage ne nous est pas parvenu.

Al Maqrizi rapporte, en se basant sur la version d’Al Yazuri, vizir du calife fatimide Al-Mustadhir, que celui-ci a voulu mettre à l’épreuve son peintre Al Aziz pour entrer en compétition avec Ibn Aziz, qu’il fit venir d’Irak. Car disait-il, "Al Qusair demandait en contrepartie de son art de grandes sommes d’argent. Il est vrai que c’est un grand peintre dont le talent n’a d’égal que celui d’Ibn Moqla en calligraphie, alors que l’art du peintre Ibn Aziz égalait celui d’Al-Khattat et d’Ibn Bowab".

Quand Al Yazouri fait entrer les deux peintres et les a mis l’un en face de l’autre, Ibn Aziz dit : "Je peindrai un tableau qui laissera croire qu’il est inscrit au cœur du mur", et Al Qusaïr de rétorquer : "Moi, je peindrai un tableau tellement vrai qu’il laissera croire qu’il fait partie intégrante du mur".

Sur ces entrefaites, Al Yazouri leur ordonna d’exécuter ce qu’ils se sont engagés de faire. Alors ils ont tous les deux peint un tableau représentant une fille qui danse sur le premier tableau, la fille donnant l’impression qu’elle traverse le mur pour entrer. Dans le second, la fille fut représentée comme si elle voulait sortir du mur.

C/6- Tout cela prouve que le peintre musulman était parfaitement capable de faire de la peinture réaliste qui restitue tous les détails. Mais en général, il néglige les règles de la perspective qui ne font pas partie de ses traditions pour la simple raison que la religion ne considère que la perspective spirituelle.

Le peintre étant convaincu que son sujet vit par la force de Dieu, les rayons optiques ne sont ni relatifs ni coniques, ils sont absolus, parallèles et émanent de l’univers dans sa globalité.

C’est ainsi que le tableau parait plat, sans troisième dimension ni profondeur, car c’est là un principe qui s’inspire du Saint Coran : "Il n’y a point de chose qui ne célèbre Ses louanges, mais vous ne comprenez pas leurs chants". (le Voyage Nocture, 44), ou encore, "A Dieu appartiennent le levant et le couchant, de quelque côté que vous tourniez, vous rencontrerez Sa face" (Al-Baqara 115).

C/7- L’architecture islamique présente des aspects religieux et civilisationnels qui apparaissent nettement à travers l’organisation architecturale des villes islamiques qui dégagent, en effet, une dimension religieuse et spirituelle.

La mosquée occupe une place centrale dans la ville et est entourée d’autres bâtiments. Autour de la mosquée, on trouve des symboles culturels et spirituels qui véhiculent les valeurs civilisationnelles. On y trouve des medersas, des écoles coraniques, des zaouias, des centres de soins, des librairies, des herboristes.

La périphérie de la ville est entourée de hauts murs imprenables et on trouve aussi une forteresse destinée à la protection de la ville sans oublier les marchés de chevaux, de selles et de foin. Toute ville islamique ne saurait être complète sans ces quartiers qui se composent d’un ensemble de ruelles et d’artères qui permettent aux habitants de se déplacer avec aisance, à l’abri des intempéries et du soleil.

Cette organisation en rues et en avenues permet de tracer les limites et les frontières de chaque quartier. En effet, chaque ethnie ou tribu possède son quartier propre et chaque corps de métier une zone commune dans la ville.

C’est ainsi qu’une forme de solidarité naît au sein de la communauté, renforcée par les liens religieux qui se manifestent par leur rencontre dans les mosquées pour effectuer les cinq prières, ou encore à l’occasion du ramadan ou des fêtes religieuses.

C/8- Malgré l’étendue des territoires islamiques, les pays musulmans sont unifiés par leur civilisation, et ce, grâce à l’islam, religion fédératrice par excellence. On perçoit cette unité à travers les caractéristiques suivantes :

- La direction de tous les bâtiments vers la qibla ou vers le sud, selon que l’on se situe à l’est ou à l’ouest du monde islamique.
- La hauteur des maisons ne dépasse jamais celle des minarets. Elles se présentent en général en deux étages et respectent la même hauteur afin que l’intimité du voisin soit respectée. Contrairement aux intérieurs, les façades sont dépouillées de toute ornementation en témoignage de modestie, et ce, en concordance avec la parole divine qui dit respectivement ; “Ses ombrages les couvriront de près, et ses fruits inclinés bien-bas (à portée de leurs mains)" (al-Insan, 14) et “Et ne foule pas la terre avec orgueil” (Le Voyage Nocturne, 37).

Les jardins intérieurs sont les poumons de la ville et reflètent le désir des habitants qui rêvent de l’Eden promis aux Hommes de bien. Composé d’arbres, de fleurs, de plantes et embelli par sa mosaïque et ces fontaines, le jardin intérieur est un fleuron de l’architecture islamique qui ne trouve pas son équivalent ailleurs.

Le fondement humain sur lequel reposent la cité et l’habitat a imposé des conditions environnementales (climat, pollution), vitales (tranquillité et sécurité) et religieuses (culture et morale), pour faire de la ville un creuset humain, religieux et civilisationnel à même de refléter l’identité islamique.

D- Les fondements islamiques de l’architecture

D/1- L’architecture du monde islamique puise ses racines dans la Charia, dont la dimension humaine est l’un des premiers fondements. En effet, Dieu a honoré l’Homme “Nous avons ennobli les fils d’Adam” (Al-Israe, 70) ou encore “Nous avons créé l’Homme dans la forme la plus parfaite” (Attine, 3).

Ainsi, l’Homme fut la première œuvre a être créée dans la grande perfection. Si la Charia islamique ne définit pas exactement un système ou une méthodologie d’architecture des mosquées et des demeures, elle a néanmoins incité l’Homme à la science et à la créativité afin que ses œuvres tendent de plus en plus vers la perfection. Le Coran dit à ce propos : “Dis leur : Agissez, Dieu verra vos actions, ainsi que Son prophète et les croyants” (Attawba, 105). Ainsi, Dieu encourage l’action responsable et bénéfique ainsi que les œuvres humaines qui ont une base scientifique, tout en sachant que la science est inépuisable : “Dis : Dieu, augmente mon savoir” (Taha, 114). De plus, Dieu a honoré les savants et leur a consacré une place de choix dans la société : “Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science” (Al-Mujadila, 11).

Dans le domaine de l’architecture, Dieu a insisté sur l’importance du choix de la terre. Il dit dans le Coran : “Dieu est celui qui a établi pour vous la terre comme une demeure stable et le firmament comme un édifice” (Ghafir, 64). Par ailleurs, l’architecte s’est inspiré des préceptes divins pour construire des édifices solides et bien fondés. Ainsi dans le Coran, on peut lire : “Est-ce celui qui a fondé son édifice sur la crainte révérencielle de Dieu et pour Lui plaire n’est pas meilleur que celui qui a fondé son édifice sur une berge croulante, rongée par une eau qui fait crouler la bâtisse et son bâtisseur.” (Attawba, 109).

La solidité des fondements procède par conséquent de la foi en Dieu. A ce propos, un poète a composé les vers suivants :

Sans fondement la maison ne peut se faire

Sans piliers nul fondement ne sert.

Dieu dit : "C’est Dieu qui éleva les cieux sans colonnes visibles" (Arraad, 2).

Tout édifice a besoin d’un fondement sauf le ciel que Dieu a élevé et qui se maintient sans support aucun. Le but, pour les humains, est de pouvoir vivre sous leurs toits, en toute quiétude et en toute sécurité par la volonté de Dieu : "Ils taillaient des maisons dans les rochers et se croyaient en sûreté". Le Coran relate l’exemple d’une ville aux piliers fermes, à savoir la vieille Damas : “et Iram, la ville aux colonnes - une ville telle que jamais on n’en créa de semblable, dans aucun pays” (Al- Fajr, 6).

A plusieurs reprises, le Coran et le hadith ont incité à l’humilité et à la sobriété dans la vie : “Ne marche pas sur la terre avec arrogance. Dieu n’aime pas l’insolent plein de gloriole”. (Luqman, 18). L’architecture ne doit pas sombrer dans le faste afin de ne pas blesser la susceptibilité des personnes démunies. D’où la négligence des façades et des ornementations extérieures en architecture islamique, contrairement à l’intérieur qui, lui, est généreusement décoré.

Le principe du juste milieu prôné par l’islam, et qui fait la particularité de la Oumma islamique, a donné une architecture modérée et équilibrée qui n’exagère pas les lignes et vise surtout à refléter l’idéal islamique.

“Nous avons fait de vous une communauté éloignée des extrêmes, afin que vous soyez témoins contre les hommes et que le Prophète soit témoin contre vous” (Al- Baqara, 143). Dieu a toujours proscrit l’excès : “... L’écume s’en va au rebut, mais ce qui est utile aux hommes demeure sur la terre” (Arraad, 17). L’architecture est un art aussi bien qu’une science. Si le Coran a recommandé l’usage de la science pour l’établissement des édifices, il n’en a pas moins encouragé le recours à l’art : “Dis : qui donc a déclaré illicite la parure que Dieu a produite pour Ses serviteurs et les excellentes nourritures qu’Il vous accordées” (Al-A’Raf, 32). "N’oublie pas ta part dans ce monde" (Al Qassas, 77), “Nous avons embelli ce qui se trouve sur la terre” (Al-Kahf, 7). Mais l’ornement architectural suppose un équilibre artistique : "Nous avons (sur terre) fait éclore toutes choses en proportion" (Al Hijr, 18). Il faut également accorder de l’intérêt à l’eau et à la végétation de la maison afin d’y répandre la joie et le bien-être : “C’est Lui qui pour vous faire descendre du ciel une eau grâce à laquelle Nous faisons croître des jardins pleins de beauté” (Annaml, 60). Le Coran a également recommandé de prendre soin de la lumière du soleil et de la chaleur qu’il nous procure ainsi que de l’ombre : "Nous avons mis à votre service le soleil et la lune" (Ibrahim, 33). "Nous fîmes planer un nuage sur vos têtes" (Al-Baqara, 57), “Parmi ce que Dieu a créé : Il vous a procuré les ombrages...” (Annahl, 8).

D/2- Les inscriptions ornementales demeurent une illustration exceptionnelle. De fait, Dieu a honoré la plume et l’écriture : "Par le calame et par ce qu’ils écrivent" (Al-Kalam,1). La bonne calligraphie était une sorte d’hommage rendu aux Ecritures Coraniques présentes dans toutes les mosquées et toutes les demeures.

D/3- La Chariaa islamique a instauré les règles qui assurent les propriétaires de maisons de leurs droits. C’est les règles du voisinage. Les toutes premières dispositions variaient d’un cas à l’autre. "Aucun ne portera le fardeau de l’autre" (Al-Anaam, 164). En somme, la majorité des règles générales visaient à assurer les architectes, les locataires et les voisins de leurs droits. Parmi ces règles, citons : point de préjudice ni contre soi ni contre autrui ; le mal doit être écarté ; on ne fera pas dire à une personne ce qu’elle n’a pas dit ; le droit est imprescriptible.

Ainsi l’architecture et l’art islamique portent l’empreinte d’une civilisation définie par le Saint Coran et dictée par les valeurs immuables de l’Islam.

E- La recherche d’une esthétique islamique

E/1- La pensée islamique a défini les bases des arts islamiques. De prime abord, il a fallu créer une pensée artistique islamique ou une "esthétique islamique" dont les jalons furent jetés par les grands penseurs musulmans.

Les écrits de Farabi, Asfahani, Al-Jahiz et Tawhidi sont une riche référence sur une esthétique dont les racines ont été longtemps ancrées dans la pensée islamique.

Notre choix s’est porté sur Abou Hayane Tawhidi, étant donné qu’il compte parmi les figures de proue de la critique de la littérature arabe(24).

Cette critique se base sur les critères de la conception artistique. Abou Hayane a présenté le concept de la créativité et en a défini les normes. Ses écrits littéraires représentent un grand modèle de ce que doit être la création artistique. Si on adopte les normes qu’il s’était fixées dans l’analyse de sa littérature et celles de ses contemporains, nous nous rendons compte que le mécanisme de créativité ne diffère guère du concept “d’appréciation’’ et qu’une œuvre n’est parfaite que lorsqu’elle s’appuie sur la théorie de la créativité artistique, suivant la notion de l’art spécifique à chaque civilisation.

E/2- La civilisation islamique a connu son point culminant grâce à sa force et à l’harmonie existant entre ses différents aspects. L’unité de cette civilisation n’était pas superficielle mais bien profonde grâce à la religion, aux valeurs et à l’histoire.

Il est déplorable que nous n’ayons pu recourir à ces racines et aux recherches faites sur le patrimoine suivant une étude académique objective. Nous nous devons d’élaborer des études sur le patrimoine suivant une approche moderne pour en faire une culture adaptée au présent et à l’avenir.

Chercher ses racines est en soi une quête de l’identité culturelle, entreprise qui ne relève ni du racisme ni du chauvinisme, à moins que notre conception nationale “ne soit pas civilisationnelle”. La nationalité est un lien civilisationnel et, partant, nous pouvons avancer que l’appartenance à une nation est une appartenance à une civilisation.

Nous avons tenté de jeter la lumière sur les caractéristiques de la pensée artistique à travers un penseur arabe qui représentait la philosophie de l’art, à l’instar des penseurs qui ont abordé le thème de l’esthétique en recourant à la métaphysique. Nous avons voulu donner quelques exemples de ses créations, en l’occurrence des textes littéraires porteurs d’une valeur artistique et ayant fait l’objet d’études en tant que textes d’une extrême beauté et exprimant des idées et points de vue divers. A travers cette approche utilisée dans l’étude des textes d’Abou Hayane, l’on relève que la notion de l’esthétique a été négligée, attitude qui fut le lot de certains penseurs et philosophes arabes et musulmans qui ont exprimé leur point de vue sur la création, le génie et les techniques artistiques.

Il est indéniable que les œuvres de Tawhidi représentent l’illustration parfaite de la pensée esthétique qui est présente dans le patrimoine arabo-islamique. Il s’agit d’une philosophie complète qui a su englober toute une panoplie d’arts islamiques (poésie, musique et calligraphie).

L’esthétique telle qu’elle a été présentée dans la civilisation occidentale était bien abordée par Abou Hayane et d’autres penseurs, même si l’approche était différente. La philosophie de l’art chez Abou Hayane s’approchait dans une large mesure de l’esthétique occidentale dans ses différents aspects(25).

Chapitre V : Les arts islamiques comme expression des valeurs de l’histoire et de la civilisation islamiques

A- Les arts islamiques revêtent-ils une connotation religieuse ?

A/1- L’art islamique, qu’il soit architectural ou figuratif, ne s’est jamais fondé sur des bases religieuses, en ce sens qu’il n’a jamais été un outil "concret" utilisé dans l’éducation religieuse. Il exprimait, au contraire, une action spontanée. Les artistes représentaient les événements religieux cités dans le Saint Coran, des hagiographies ou dans des livres d’histoire, pour obéir au pouvoir ou satisfaire leur propre besoin. L’objectif n’était donc nullement religieux. Les dessins n’avaient pas pour objectifs d’honorer ou de magnifier une personne, comme ce fut le cas dans l’art chrétien. Cette sacralisation de l’expression artistique a atteint son point culminant avec les Byzantins qui en sont venus à adorer les icônes. Ce culte ne cessera qu’avec les guerres iconoclastes qui eurent lieu à Constantinople. Déjà avant le christianisme, les anciennes civilisations notamment égyptienne, mésopotamienne, grecque et romaine utilisaient des images et des icônes pour exprimer la foi.

A/2- Cependant, l’abondance d’images dans les arts islamiques, dont certaines figurent encore sur les murs des palais ou dans des manuscrits sous forme de miniatures, soulève la question suivante : "Jusqu’à quel point les arts ont-ils servi les valeurs, l’histoire et la civilisation musulmane, même si l’islam s’est basé, dans ses tous débuts, sur l’incitation à l’austérité dans les habits et dans les arts, notamment l’architecture ? L’aspect civilisationnel véhiculé par ces œuvres créatives nous induit à reconnaître que les arts islamiques ont constitué un moyen efficace pour la promotion de la culture tant spirituelle que sociale et historique. A l’échelle planétaire, ces arts ont servi à faire connaître la mission civilisationnelle qui incombe à la religion, accomplie grâce à une approche basée sur le syncrétisme des cultures et le brassage des peuples ayant adhéré à l’Islam.

B- L’architecture au service des valeurs humaines

B/1- L’architecture islamique était le moyen idoine pour exprimer les valeurs islamiques. La Kaabah (la Mecque) était le premier élément architectural ayant servi la pensée monothéiste "En vérité, le premier temple qui ait été fondé à l’intention des Hommes est bien celui de la Mecque, qui est à la fois une bénédiction et une bonne direction pour l’Univers" (Al- Imrane, 96).

Cette simple bâtisse était le lieu d’affluence des tribus arabes durant la période anté-islamique depuis Abraham, “Et quand Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison “ (Al-Baqara, 127), devient désormais une direction pour les musulmans des quatre coins du monde pour accomplir le pèlerinage ou la omra, et la "Kibla" pour faire la prière sur ordre divin. "Les insensés parmi les Hommes ne tarderont pas à dire : "Qui les a donc détournés de la direction vers laquelle ils s’orientaient pour la prière ? "Dis leur : Orient et Occident appartiennent également à Dieu qui dirige qui Il veut vers le droit chemin" (Al-Baqara, 142).

B/2- La Kaabah n’était qu’un édifice rectangulaire simple qui symbolise les quatre coins. Le premier contient la première pierre posée par Ismail, fils d’Abraham, ancêtre des Arabes. Cette ancienne construction de la Mecque a pu accomplir une noble mission en réunissant plus de 2 millions de musulmans en période de pèlerinage, témoignant ainsi de la place de choix qu’occupe cet édifice dans les cœurs des musulmans et le rôle qu’il joue au service des valeurs humaines. "Rappelles-toi que lorsque Nous avons installé Abraham sur l’emplacement du temple, Nous lui dîmes : "Ne Me donne aucun associé ! Veille à conserver Mon temple en état de pureté pour ceux qui viennent y accomplir les tours rituels ou y faire leur dévotions, debout, agenouillés ou prosternés" (Al-Hadj, 26).

B/3- Après avoir fait l’objet d’élargissement et d’aménagement, ce sanctuaire sacré qui réunit plusieurs millions de croyants venus des quatre coins du monde pour invoquer le Tout Puissant, est devenu un monument architectural, honoré par Dieu et révéré par les musulmans à travers les âges, et symbole de l’unité musulmane, "Puisqu’ils se délient de leurs interdits, accomplissent leurs vœux et effectuent autour du temple antique les circuits rituels" (Al-Hadj, 29). "Libre à vous d’en tirer profit jusqu’au terme fixé puis leur immolation aura lieu auprès du temple antique", (même sourate, 33).

B/4- La première mosquée de Médine qui a été fondée par le prophète et ses premiers compagnons, a constitué le premier lieu pour l’appel à l’Islam (la Daawa islamique). Elle représentait, outre un lieu de prière, une tribune pour le prophète qui lui permettait d’organiser la prédication et la gouvernance. L’architecture de la mosquée faisait montre de la foi en Dieu. "Seuls ont droit de fréquenter les mosquées de Dieu ceux qui croient en Dieu et au jugement dernier" (Attawba, 18). C’est donc un témoignage de foi "Ne fréquente jamais une telle mosquée ! Car il en est une autre qui a été fondée dès le premier jour, sur la crainte révérencielle du Seigneur et qui est plus digne de ta présence. On y trouve des Hommes qui aiment se purifier, et Dieu aime ceux qui sont propres." (Même sourate, 108).

B/5- Les mosquées étaient "les maisons de Dieu", lieux de prière et de pratique des devoirs religieux. "Dans des temples que Dieu a permis d’élever afin que son Nom y soit invoqué et où le glorifient matin et soir des Hommes qu’aucun négoce ou transaction ne détourne de la joie d’exalter le Seigneur, de le prier ou de faire l’aumône, car ces Hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante". (Annour, 36-37).

B/6- La mosquée n’était pas uniquement un lieu de prière mais également un lieu de savoir et d’exercice de la justice et de la politique, où l’Imam peut exprimer, au nom des musulmans, ses sentiments de loyalisme au calife ou dénoncer certaines déviances politiques ou administratives. La mosquée était également un lieu qui renforçait les liens entres les musulmans, unifiait leurs rangs et contribuait à l’établissement de la paix et de la solidarité.

B/7- Eu égard à l’importance des fonctions spirituelles et séculaires que remplit la mosquée, il a fallu accorder plus d’intérêt à l’aspect architectural de ce lieu sacré. Cet intérêt s’est manifesté dans les minarets qui dominaient les villes et référaient au pouvoir de la religion et de Dieu. Le minaret, une tour marquée par sa hauteur, incarnait l’aspiration du croyant à être plus proche du Très-Haut. Elle symbolise aussi le rayonnement de l’islam par la portée de sa perspective, alors que le croissant et les globes surmontant la tour, représentent l’univers.

B/8- Quant aux dômes (Koubba), elles référaient au ciel qui protégeait les croyants. Les architectes musulmans ont excellé dans ce domaine en exprimant la fonctionnalité de la tour à travers les diverses formes qu’ils lui ont imprimées, tantôt arrondies, tantôt elliptiques. Les petites fenêtres qui se touvaient en bas des dômes rehaussaient le caractère sacré de la mosquée. Le Mirhab, quant à lui, représentait la kibla (indiquant la direction de la Mecque) qui permettait aux musulmans des différents coins du monde de faire leurs prières et d’invoquer Dieu.

L’architecte et le décorateur accordaient un intérêt particulier à la construction des minarets et des "mihrab", en hommage aux croyants et à la mission religieuse remplie par ces ouvrages d’architecture.

C- La ville au service des valeurs islamiques

C/1- L’architecture a servi énormément la société islamique et rempli une mission aussi bien spirituelle que matérielle. Les objectifs religieux s’étaient manifestés à travers l’édification de la mosquée "Al Jamii" au centre de la ville, et d’autres établissements qui servaient la culture religieuse, tels les écoles coraniques et "Dar Al Hadith". Ces monuments rassemblaient, quotidiennement et même les jours des fêtes, l’ensemble des musulmans, d’où le souci des architectes de faire de ces établissements un point de convergence qui réunit les différents habitants de la ville. Routes et chaussées conduisent vers ce centre, lesquelles sont entrecoupées par des chemins pour former un réseau annulaire entourant le centre.

C/2- Sur le plan civique, les cabinets de justice, les hôpitaux, les écoles, les souks étaient également fondés au centre de la ville. Il y avait aussi des établissements de cure, comme les sanatoriums et les écoles attenantes. A cela s’ajoutent les souks qui s’ouvraient sur les librairies, les épiciers herboristes et parfumeurs, les vendeurs de tissus, de vêtements et produits alimentaires. La tour, aménagée non loin des remparts, est entourée des marchés de chevaux, de fourrage et de peaux. Les ruelles qui sillonnaient la cité permettaient aux habitants d’emprunter des directions différentes vers la mosquée, le souk ou leur lieu de travail. "Dis leur : Agissez, Dieu verra vos actions, ainsi que Son prophète et les croyants”(Attawba, 105) ; mais dans le cadre des limites qu’impose l’obligation religieuse : “Des Hommes qu’aucun négoce ou transaction ne détourne de la joie d’exalter le Seigneur, de le prier, ou de faire l’aumône, car ces Hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante". (Sourat Annour, 37), "Dans l’espoir que Dieu les récompensera pour le meilleur de ce qu’ils auront accompli et leur accordera un surcroît de Sa grâce, car Dieu dispense Ses bienfaits à qui Il veut sans compter" (Même sourate 38).

C/3- L’urbanisation, par ailleurs, s’est basée sur les principes de paix et de sécurité, en ce sens que les portes et les murailles des cités étaient grandes et solides. De même, les architectes musulmans étaient soucieux de répartir les quartiers dans le respect de toutes les ethnies en vue d’instaurer une société unifiée et solidaire. “Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez, et ce, dans le but de réaliser une unité sociale cohérente et solidaire, qu’aucune discorde ou sensibilité ne peut rompre."

D- Le foyer, creuset des valeurs islamiques

D/1- Le foyer est un havre de paix pour son propriétaire qui le mérite en récompense de ses actions spirituelles et des efforts déployés tout au long de la journée. "Dieu a fait de vos maisons un lieu de repos, et des habitations faites des peaux de vos bêtes, Il vous procure aussi des demeures dont vous appréciez la légèreté lors de vos déplacements et lors de vos campements. (Sourate Annahl, 80). La maison est destinée à assurer la tranquilité et la sérénité à ses habitants, tandis qu’ils sont en communion constante avec le ciel qui domine l’ensemble de la maison par le biais du patio ouvert au ciel, au soleil et à l’air pur.

D/2- Le musulman a été éduqué suivant des valeurs dictées par l’Islam et consacrées par la tradition, parmi lesquelles le respect des droits de l’autre à la paix, la protection de la communauté et de son éthique et l’instauration des rapports du bon voisinage. Dans cette optique, les architectes musulmans veillaient à ce que les murs, les étages et les portes soient élevés pour préserver la discrétion des habitants, les voies séparant les maisons soient élargies, mais sans pour autant négliger les aspects à même de renforcer les liens sociaux. L’architecte a fixé des conditions pour les dimensions des réservations afférentes aux portes et aux fenêtres extérieures et a exploité tous les espaces intérieurs afin d’assurer la quiétude des habitants, la dissimulation des femmes aux yeux indiscrets, la sécurité, le confort et le culte. Il a, en outre, veillé à instaurer un climat propice au renforcement des relations sociales entre les habitants, à la coopération entre les hommes dans une perspective de droiture et de probité, et la coopération entre les femmes afin qu’elles s’entraident dans la gestion de leurs demeures et l’éducation de leurs enfants.

D/3- L’architecture interne, notamment la décoration, était marquée par des versets gravés minutieusement et dans une belle calligraphie sur les murs pour exprimer la foi et l’attachement à Dieu. Cette ornamentation, qu’elle soit sur la pierre, le bois, le plâtre ou la céramique, est restée abstraite, loin de toute représentation figurative. Le dessin végétal était une forme d’exaltation de l’unicité du Seigneur et l’expression de foi et d’adoration.

E- Le rôle spirituel des arts plastiques

E/1- Les arts plastiques, notamment la peinture et la sculpture étaient très présents dans les premiers édifices dont les palais de “Hir”, “Mafjar”, “Qusayr Amra” et dans les palais abbassides comme Jawsaq à Samarra. L’objectif de ces dessins étaient double : ils remplissaient un rôle décoratif exprimant le bonheur, la joie et la distraction, aspect commun aux arts plastiques, mais aussi spirituel et scientifique à travers les dessins que l’on voit sur les murs, dans les manuscrits, les instruments divers ou qui portent sur le Jihad, l’importance des sciences ou sur des questions politiques. Ces dessins représentaient aussi des scènes de rituels du pèlerinage, des grandes victoires islamiques et des premières guerres menées par le prophète en faveur de la nouvelle religion. A cela s’ajoutent les scènes représentant les guerres menées par les Sultans en Perse et en Turquie pour conquérir de nouveaux territoires et protéger les frontières. Les hauts faits des rois étaient un thème privilégié pour les artistes qui l’ont abondamment traité.

E/2- Les manuscrits traitant de certaines sciences étaient illustrés de dessins en couleur, les plus anciens portant des explications aux ouvrages scientifiques traduits en arabes, principalement en matière de médecine et en botanique. Cette technique était également adoptée pour orner et expliquer les livres de poésie et dans certaines "makamat" (Al- Hariri), ou pour raconter les périples des voyages.

Le livre de Galien (vers 131-201) sur la médecine, dont une copie se trouve à Paris et une autre à Vienne, comporte des illustrations sur la préparation des médicaments et sur la botanique, ainsi que de dessins d’agriculteurs.

Quant à l’ouvrage "Al Aghani" de Al Asfahani (mort en 1217), il représentait des aspects de la vie sociale. Deux parmi les six copies qui restent de ce livre se trouvent au Caire et à Istanbul. Dans une copie du traité de Dioscoride conservée à Istanbul, on trouve des images présentant des costumes et des scènes de la vie sociale de même que des boutiques d’apothicaires et différents types de plantes. Le manuscrit de "Kalila wa Dimna" (datant de 1222), qui se trouve à Paris, est illustré de 92 dessins représentant des animaux, dialoguant par la bouche de Bidpaï, le philosophe.

Regroupé en 100 pages, la copie du livre "Makamat al Hariri" qui se trouve à Paris, a illustré clairement les habitudes sociales, l’architecture et le costume islamique (26).

Le règne des Moghols a été marqué, quant à lui, par un foisonnement de manuscrits illustrés dont ceux de Ibn Bakhtichouaa (mort en 1294) illlustrant l’utilité des animaux ainsi que ceux d’Al-Biruni sur l’"Histoire des ancienes peuples" dans lequel il retrace historiquement le développement de l’être humain (mort en 1307) et de Rachid Dine (mort en 1306), “Jamaa al-Tawarikh” dans lequel on trouve des textes puisés d’ouvrages religieux.

Citons également à cet égard le célèbre chef-d’oeuvre de Firdawsi (mort en 1010), “Shah Nameh” (livre des rois), où l’on trouve des scènes décrites dans un style comique par moment. Il existe d’ailleurs plusieurs copies de cet ouvrage. A Bagdad, paraît un livre intitulé "Ghaib al Ilm" (1389). En Egypte et en Syrie, le livre "Mécanismes du mouvement" (aliyat al haraka) du savant Jazari comportait des dessins scientifiques et didactiques sur la mécanique.

F- Illustrations des prophètes et de la biographie du Prophète (que la paix et le salut soient sur lui)

F/1- Nous nous devons de marquer un temps d’arrêt devant les illustrations figurant dans "Miaraj Nameh" qui représente la vie du prophète Mohammad, que la paix et le salut soient sur lui. Le portrait qui a été fait du prophète a suscité une vive polémique. Mais les plus modérés considéraient que la représentation du prophète avait un objectif didactique et "révérenciel". Tarwat Oukacha(27) disait, à ce propos : "Ceux qui se sont permis de faire une description orale du prophète se sont abstenus de faire un portrait illustratif et à mon sens, les deux approches sont les mêmes".

F/2- Le portrait du prophète a été fait dans les livres de tradition du prophète (Al-Athar). Il était décrit comme "ayant des cils longs, une peau blanche et n’ayant pas un visage rond".

Mais la description des portraitistes était-elle fidèle à la réalité ? Fidèle aux portraits des prophètes, compagnons et hommes qui ont marqué l’histoire ? Leur vision, était, en fait, différente : ils furent soucieux de faire apparaître le visage du prophète éblouissant du rayonnement divin, qui engendre la ferveur dans le coeur du lecteur. C’est ainsi que ce dernier observera, dans la barbe du Prophète, une aménité et une douceur qui forcent la vénération, et dans les traits de son visage, une irradiation qui pénètre l’âme(28). Or, la description fut, selon les critères de l’esthétique, plutôt "simpliste".

F/3- L’objectif fut de servir la culture religieuse (la mission du prophète, son émigration vers Médine (al hijra) et les guerres saintes). Effectivement, l’islam encourage un tel objectif éducatif. Dieu a fait apprendre aux Hommes la lecture et l’éloquence (al bayane) et leur a appris les noms du Créateur : “Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer clairement” (Arrahman, 3-4). Al-Bayane était la première des particularités de l’homme. Or, il fut aussi à la fois écrit, oral, iconographique et symbolique.

Ainsi, l’art islamique a pu servir la religion et l’histoire et honorer des personnalités en illustrant leurs vertus et leurs caractères, sans tomber dans le piège de l’anthropomorphisme ou de l’imitation de Dieu.

F/4- Vers la fin de l’ère mogole, le chah Rakh, fils de Tamerlan a ordonné de publier le célèbre ouvrage intitulé "Miaraj Nameh" (en 1436), illustrant la biographie du prophète Mohammad et dont une copie se trouve à Paris. Quoi qu’on dise de ce manuscrit et de ses illustrations qui vont à l’encontre du principe de non-représentation, notamment du prophète, il n’en demeure pas moins que ce livre didactique constitue un guide clair et exhaustif de la biographie du prophète".

F/5- Cette ère fut également marquée par l’apparition de recueils de poèmes illustrés de miniatures, tels "Les cinq poèmes" de Nidami, "Al Boustane" de Saadi et “l’histoire de Youssef et Zoulikha”. Les œuvres du grand peintre, Behazad (mort en 1514) illustrait admirablement la société islamique, notamment la vie quotidienne en Iran. On attribue également à Behazad les illustrations de "Zafar Nameh", et de "l’histoire de Tamerlan". L’artiste a également fait des dessins indépendants d’individus et d’animaux. L’école de dessin, fondée à Tabriz par Chah Ismaïl, doit son essor et sa production aux bases jetées par Behazad.

A l’époque ottomane, fleurirent les dessins dépeignant le triomphe des musulmans à travers les biographies des sultans, dont "l’Almanach du conquérant", dessiné par Ahmed Moussa qui revient sur des représentations coraniques authentiques dignes de la vie du prophète, en concordance avec le portrait fait par l’Imam Ali. Mohamed Sabah Kalim a dessiné, quant à lui, des silhouettes d’hommes et d’animaux représentant des événements de la vie quotidienne. Dans le Hornameh et le Surnameh, récits hagiographiques des sultans, paraissent des scènes du vécu quotidien représentées dans un style naïf, mais extrêmement expressifs, tandis que d’autres ouvrages laissent entrevoir des silhouettes de guerriers dans des scènes de combats.

F/6- Les illustrations ont parfaitement rendu compte de la civilisation islamique et exprimé la grandeur des musulmans à travers leurs victoires, leurs architectures et leurs découvertes, passant des pages des manuscrits jusqu’aux murs et ustensiles.

La mosquée, avec ce qu’elle comporte de versets coraniques, d’enluminures et de mosaïques, demeure cependant le chef-d’œuvre de la civilisation islamique.

G- La mosquée à travers les arts

G/1- De manière générale, l’édification des grandes mosquées, tels le Dôme du Rocher, la mosquée de Grenade, la Mosquée Chah d’Ispahan ou la Slimania à Istambul, ainsi que des somptueux palais (le palais des Omeyyades, le palais Alhambra et ses célèbres jardins), resteront des monuments phares, témoins de la splendeur de l’architecture islamique, et qui n’ont pas d’égal dans le monde. L’architecte Sinan, le Léonard de Vinci du monde musulman, comme disait les Occidentaux, dépassait largement les artistes de la Renaissance italienne par ses théories et ses fabuleuses œuvres en dômes.

G/2- Les différents types d’arts islamiques (architecture, dessins, tapis et productions textiles) dénotaient un essor culturel, créatif, social et scientifique qui s’exprimait dans des dessins ayant trait à l’astrologie, la science, la géométrie, la zoologie auxquels s’ajoutent d’autres illustrations destinées à expliquer et à clarifier des éléments portant sur la vie sociale, la médecine, la physique et la dynamique. Il convient, en outre, de souligner que la qualité de la publication a été rehaussée grâce à l’embellissement de l’écriture et de la calligraphie, de la dorure et de la reliure, et son enrichissement par les miniatures en couleur.

De manière générale, le perfectionnement de la calligraphie, le dessin et la coloration dans l’intérieur des bâtiments et l’invention d’outils et d’ustensiles en verre, en métal et en poterie, de même que la créativité en matière de céramique, de vêtements et de bijoux, représentent, tous, des traits caractéristiques de la civilisation islamique, une civilisation façonnée par des grands artistes qui ont mis leur génie créateur au service des parangons de la politique, de l’histoire, de la science et du savoir.

- Dr Afif Bahnasi, ISESCO

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Responsable d'édition: BOUZIANE Mohammed. Enseignant au Département d'Architecture. Université des Sciences et de la Technologie d'Oran (USTO). "Mohamed BOUDIAF" (Algérie)

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